‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 198 sur 328 · LE ROSIER · texte numérisé non relu

LE ROSIER

Il a vécu sur un tombeau.

Le rosier fleuri que j'arrose:

Le mystère du froid caveau S'épanouit dans chaque rose!

Sur le tombeau d'un pauvre enfant.

D'un pauvre enfant qui fut mon frère ! Il avait ses fleurs à tout vent.

Et ses racines dans la bière.

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Un simple marbre a tout couvert; Le buis n'y vient plus en bordure; Le tliuya, l'arbre toujours vert, N'ombrage plus la sépulture.

Le deuil a parfois son dédain:

On a proscrit tout ce qui tombe, Et j'ai planté dans mon jardin L'humble rosier, fils de la tombe!

Parmi les autres confondu, Nul regard ne peut le connaître; Dans la corbeille il est perdu:

Seul, je le vois de ma fenêtre;

Et j'hésite en le comparant :

Mêmes parfums et même tige; Sur sa corolle, indifférent, Le papillon plane et voltige;

Son feuillage est aussi léger; Sa fleur n'est pas plus tôt flétrie; Rien ne trahit pour l'étranger La première et sombre patrie!

Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute.

Seul, je m'approche avec amour, Je l'interroge et je l'écoute;

Alors je le vois frissonner Au souvenir que je réveille; Chaque rameau semble incliner Vers ma lèvre sa fleur vermeille;

Il me parle du cher blondin.

Endormi dans la paix profonde Et fait passer dans mon jardin Comme un souffle de l'autre monde!

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