A MA MÈRE
Le salon est paisible. Au fond, la cheminée Flambe, par un feu clair et vif illuminée, Au dehors le vent siffle, et la pluie aux carreaux Ruisselle avec un bruit pareil à des sanglots. Sous son abat-jour vert, la lampe qui scintille Baigne de sa clarté la table de famille. Un vase, plein de fleurs de l'arrière-saison. Exhale un parfum vague et doux comme le son D'un vieil air que fredonne une voix affaiblie. Le père écrit. La mère, active et recueillie, Couvre un grand canevas de dessins bigarrés, Et l'on voit sous ses doigts s'élargir par degrés Le tissu nuancé de laine rouge et noire. Assise au piano, sur les touches d'ivoire, La jeune fille essaye un thème préféré. Puis se retourne et rit. Son profil, éclairé Par un pâle rayon, est fier et sympathique. Et si pur qu'on croirait voir un camée antique. Elle a vingt ans. Le feu de l'art luit dans ses yeux, Et son front resplendit, et ses cheveux soyeux Tombent en bandeaux bruns jusque sur les épaules.
Comme un vent frais qui court dans les branches des saules, Ses doigts, sur l'instrument tout à l'heure muet,
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Modulent lentement un air de menuet,
Un doux air de Don Juan, rêveuse mélodie,
Pleine de passion et de mélancolie . . .
Et, tandis qu'elle fait soupirer le clavier,
Le père pour la voir laisse plume et papier.
Et la mère, au milieu d'une fleur ébauchée,
Quitte l'aiguille, et reste immobile et penchée.
Et s'entre-regardant, émus, émerveillés.
Ils contemplent tous deux, avec des yeux mouillés,
La perle de l'écrin, l'orgueil de la famille,
La vie et la gaîté de la maison, — leur fille.
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