LE VASE BRISÉ
Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fût fêlé; Le coup dut effleurer à peine, Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute.
N'y touchez pas, il est brisé!
Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt.
Toujours intact aux yeux du monde.
Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde:
Il est brisé, n'y touchez pas !