MON DIEU M'A DIT
Mon Dieu m'a dit: »Mon fils, il faut m'aimer, tu vois Mon flanc percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne, Et mes pieds offensés que Magdeleine baigne De larmes, et mes bras douloureux sous le poids
De tes péchés, et mes mains! Et tu voix la croix Tu vois les clous, le fiel, l'éponge et tout t'enseigne A n'aimer en ce monde, oîi la chair règne Que ma chair et mon sang, ma parole et ma voix.
Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort, moi-même, O mon frère en mon Père, ô, mon fils en l'esprit, Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit?
N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits; Lamentable ami qui me cherches oîi je suis?»
8e®^^&- ANATOLE FRANCE ^^è-^^g©
J'ai répondu: -'Seigneur, vous avez dit mon âme. C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas. Mais vous aimer! Voyez comme je suis en bas Vous dont l'amour toujours, monte comme la flamme,
Vous, la source, de paix que toute soif réclame Hélas! Voyez un peu tous mes tristes combats! Oserai-je adorer la trace de vos pas.
Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme?
Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements Je voudrais que votre ombre, au moins vêtit ma honte Maisvousn'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,
O vous, fontaine calme, amer aux seuls amants.
De leur damnation, ô vous toute lumière
Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière.
SI