LE CHANT DE GLAUCUS
La mer! comme elle est bleue au loin la mer sonore
La plaine harmonieuse et que ne déshonore
Jamais le pied tremblant des hommes au cœur bas,
La mer qui dans le calme ou dans les durs combats
De la tempête, garde une âme inspiratrice,
La mer impétueuse et douce est la nourrice
Des dieux; ses tourbillons ont des sanglots humains.
88^=^?^ LAURENT TAILHADE ^^^^m
Son flanc où des vaisseaux se creusent des chemins,
Est la mamelle auguste où vient boire le monde ;
Plus que les champs couverts de blé, elle est féconde,
Et ses gouffres semés de nacre et de coraux
Gardent loin des clameurs, sous de noirs soupiraux,
Comme une rare fleur à tous les yeux ravie,
La fermentation énorme de la vie.
La mer est belle et semble au bord du ciel changeant
Un poisson monstrueux aux écailles d'argent;
La mer est belle. Avec amour le ciel la baise
Quand, sombre ou reluisante ainsi qu'une fournaise,
Elle prête au soleil l'abîme de ses flots.
La mer pour les plongeurs et pour les matelots
A des sourires clairs et des baisers sans nombre.
Je t'aime! cet amour est éclos avec l'ombre,
Avec l'ombre a grandi silencieusement
Un soir, que tout auprès de la plage, dormant
Je sentais sur mon front, de ses glauques vallées
Passer languissamment des haleines salées.
Maintenant reçois-moi dans tes ondes tentantes. Déesse au peplos bleui Les tiges palpitantes Des pâles tamaryx, s'inclinent vers tes bords; Telle descend vers toi l'âme des enfants morts. Dans l'insensé désir de ta beauté fatale. Je vais à toi. Pourtant, agitant le krotale. Des vierges en dansant, belles comme les eaux Entrelacent leurs chœurs à l'ombre des roseaux. Mon chien noir garde encore mes génisses sauvages. Et dans la plaine, loin de tes amers rivages. Il est un toit discret des pampres embaumé Où je puis m'abriter, toujours sûr d'être aimé. Une maison tranquille, où sous les vignes blondes. Retournent s'endormir les abeilles fécondes. Où ma mère ce soir en m'apprêtant ses bras Regardera longtemps, si je ne reviens pas.
m&=^^ GEORGESRODENBACH .^^^^