‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 59 sur 328 · SOUVENIRS D'ENFANCE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D'ENFANCE

O champs de Bienassis! maison, jardin, prairies. Treilles qui fléchissaient sous leurs grappes mûries, Ormes qui sur le seuil étendaient leurs rameaux. Et d'où sortait le soir le chœur des passereaux, Vergers où de l'été la teinte monotone Pâlissait jour à jour aux rayons de l'automne. Où la feuille en tombant sous les pleurs du matin Dérobait à nos pieds le sentier incertain ; Pas égarés au loin dans les frais paysages ; Heures tièdes du jour coulant sous des ombrages, Sommeils rafraîchissants goûtés au bord des eaux. Songes qui descendaient, qui remontaient si beaux ; Pressentiments divins, intimes confidences. Lectures, rêverie, entretiens, doux silences. Table riche des dons que l'automne étalait. Où les fruits du jardin, où le miel et le lait, Assaisonnés des soins d'une mère attentive, De leur luxe champêtre enchantaient le convive; Silencieux réduit où des rayons de bois, Par l'âge vermoulus et pliant sous le poids. Nous offrait ces trésors de l'humaine sagesse Où nos yeux altérés puisaient jusqu'à l'ivresse;

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^^^^^ ALPHONSE DE LAMARTINE ^^è^^

Où la lampe avec nous veillant jusqu'au matin, Nous guidait au hasard, comme un phare incertain. De volume en volume; hélas! croyant encore Que le livre savait ce que l'auteur ignore, Et que la vérité, trésor mystérieux.

Pouvait être cherchée ailleurs que dans les cieux! Scènes de notre enfance, après quinze ans rêvées. Au plus pur de mon cœur impressions gravées. Lieux, noms, demeure, et vous, aimables habitants. Je vous revois encore après un si long temps. Aussi présents à l'œil que le sont des rivages A l'onde dont le cours reflète les images ; Aussi frais, aussi doux, que si jamais les pleurs N'en avaient dans mes yeux altéré les couleurs; Et vos riants tableaux sont à mon âme aimante Ce qu'au navigateur battu par la tourmente, Sont les songes dorés qui lui montrent de loin Le rivage chéri, de son bonheur témoin. L'ondoyante moisson que sa main a semée. Et du toit paternel le seuil, ou la fumée!

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