LA PRIÈRE POUR TOUS
C'est l'heure où les enfants parlent avec les anges. Tandis que nous courons à nos plaisirs étranges. Tous les petits enfants, les yeux levés au ciel, Mains jointes et pieds nus, à genoux sur la pierre. Disant à la même heure une même prière. Demandent pour nous grâce au Père universel !
O sommeil du berceau! prière de l'enfance! Voix qui toujours caresse et qui jamais n'offense! Douce religion, qui s'égaie et qui rit! Prélude du concert de la nuit solennelle! Ainsi que l'oiseau met sa tête sous son aile. L'enfant dans la prière endort son jeune esprit!
Ma fille, va prier! — D'abord surtout pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle. Pour celle qui reçut ta jeune âme du ciel. Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère. Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère, Toujours a bu l'absinthe et t'a laissé le miel !
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Puis ensuite pour moi! j'en ai plus besoin qu'elle! Elle ignore (à jamais ignore-les comme elle!) Ces misères du monde, attraits, soucis rongeurs, Passions sur le cœur flottant comme une écume, Intimes souvenirs de honte et d'amertume, Qui font monter au front de subites rougeurs!
Va donc prier pour moi! Dis pour toute prière:
« Seigneur, Seigneur mon Dieu, vous êtes notre père ;
'- Grâce ! vous êtes bon ! grâce ! vous êtes grand ! •
Laisse aller ta parole où ton âme l'envoie;
Ne t'inquiète pas, toute chose a sa voie.
Ne t'inquiète pas du chemin qu'elle prend !
Lorsque pour moi vers Dieu ta voix s'est envolée, Je suis comme l'esclave assis dans la vallée, Qui dépose sa charge aux bornes du chemin ; Je me sens plus léger, car ce fardeau de peine. De fautes et d'erreurs qu'en gémissant je traîne, Ta prière, en chantant, l'emporte dans sa main!
Comme une aumône, enfant, donne donc ta prière
A ton père, à ta mère, au père de ton père ;
Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur.
Donne au pauvre, à la veuve, au juste, au vice immonde.
Fais en priant le tour des misères du monde;
Donne à tous sur la terre! — Enfin donne au Seigneur!
— Quoi ! murmure ta voix, qui veut prier et n'ose.
Au Seigneur, au Très-Haut, manque-t-il quelque chose?
Il est le saint des saints, il est le roi des rois !
Il se fait des soleils un cortège suprême! « Il lait baisser la voix à l'océan lui-même ! «Il est seul! il est tout! à jamais! à la fois! — '■
Enfant, quand tout le jour vous avez en famille. Tes deux frères et toi, joué sous la charmille, ^ Le soir vous êtes las, vos membres sont plies;
VICTOR HUGO
Il vous faut un lait pur et quelques noix frugales, Et, baisant tour à tour vos têtes inégales, Votre mère à genoux lave vos faibles pieds.
Hé bien ! il est quelqu'un, dans ce monde où nous sommes. Qui tout le jour aussi marche parmi les hommes, Servant et consolant, à toute heure, en tout lieu! Un bon pasteur qui suit sa brebis égarée. Un pèlerin, qui va de contrée en contrée. Ce passant, ce pasteur, ce pèlerin, c'est Dieu!
Souvent il est bien !ns! il faut pour qu'il sourie. Une âme qui le serve, un enfant qui le prie, Un peu d'amour! O toi, qui ne sais pas tromper. Porte-lui ton coeur plein d'innocence et d'extase, Tremblante et l'œil baissé, comme un précieux vase, Dont on craint de laisser une goutte échapper!
Porte-lui ta prière! et quand, à quelque flamme. Qui d'une chaleur douce emplira ta jeune âme. Tu verras qu'il est proche, alors, ô mon bonheur, O mon enfant; sans craindre affront ni raillerie,
Verse comme autrefois Marie, Verse tout ton parfum sur les pieds du Seigneur!