Mémoires, p. 1 et suiv
Nous avons raconté à une autre occasion comment, après plusieurs fins de non-recevoir, une volonté souveraine lit aboutir leurs efforts', et comment le triomphe d'Orphée, succédanl a la victoire dVphigénie en Aulide., mit Gluck dan. l'obligation de fournir à bref délai de nouveaux ouvrages à l'Académie royale de Musique2. On en vint tout naturellement à l'idée d'adapter a la scène française le drame musical que le réformateur lui-même avait désigné comme la première réalisation de son nouveau programme. Le librettiste d'Iphigénie en Aulide accepta la tache décrire le texte français d'Alceste, et Gluck retourna à Vienne, pour exécuter sa part de besogne, en janvier 177?.
En passant sur la scène parisienne, l'action scénique d'Orfeo n'avait guère subi de changement^; il n'en fut pas de même pour VAlceste italienne. La marche de la pièce fut améliorée sous beaucoup de rapport et débarrassée de quelques éléments superflus. On supprima le rôle d'Ismène, la confidente d'Alceste ; les deux enfants royaux devinrent des personnages muets. Le rôle d'Lvandre, confident d'Admète, fut réduit aux proportions dune partie de coryphée. Le grand intermède de danse destiné à célébrer la guérison du roi. et transporté au commencement du II* acte, fut rendu plus dramatique par l'entrée d'Alceste au cours de la fête, par ses a parte douloureux au milieu de l'allégresse générale'. La scène d'Alceste au vallon de la .Mort, l'ancien début du second acte, devint le commencement du III*. A partir de là, le drame se continuait un moment comme dans la version qui nous est parvenue : arrivée d'Admètc ; il supplie Alceste, au nom de leurs enfants, de renoncer a son funeste dessein ; elle reste inébranlable; la voix d'une divinité infernale se fait entendre : Caron t'appelle... Aussitôt après ce chant s'engageait le dénoùment primitif de la pièce française : le chœur invisible des Esprits de la Mort annonçait l'accomplissement de l'arrêt fatal; Alceste expirait sur les marches de l'autel, Admète se frappait de son épee. Puis changement de scène : place publique devant le palais d'Admète, lamentation du peuple thessalien. Aleeste est morte, apparition d'Apollon ramenant les deux époux sur un char céleste'1.
Plus considérables encore furent les changements apportés à la musique de VAlceste italienne. Le corps de l'œuvre subsista dans son ensemble, mais aucune page de la partition n'échappa à des retouches. Tous les récitatifs furent remaniés, beaucoup d'entre eux abrégés; partout le recitatiro secco reçut un accompagnement de quatuor. Quelques chants mesurés prirent dans la version française un aspect sensiblement différent, soit par des modifications de la ligne mélodique (Divinités du Styx, p. 78, Ah! divinités implacables, p. [90 '. soit par un nouvel effet d'instrumentation (Caron t'appelle, p. 206), soit par l'emploi d'une autre espèce de voix, combinée avec un remaniement complet du dessin de la eantilène air d'Ismène. Parto ma senti, devenu l'arioso du grand-prêtre. Déjà la mort s'apprête, p. 7? . In assez grand nombre de morceaux furent totalement supprimés, dont quelques-