SCÈNE PREMIÈRE
ARSINOÉ, GALLIRHOÉ.
ARSINOÉ
Wbstinée à me nuire et forcée à me voir , Serez -vous de mes jours l'unique désespoir? Et de vos cruautés victime misérable Me vois-je de ma cour le mépris et la fable?
GALLIRHOÉ.
Expliquez-vous. Comment?
ARSINOÉ
Que devient mon époux?
L'aurai-je de si loin choisi, gardé pour vous ? Venez-vous sous mes yeux m'enlevant sa tendresse, Vous placer sur le trône où ma bonté vous laisse? Où déjà je vous vois assise à mes côtés Vous applaudir des dons que vous m'avez ôtés? Que s'en faut-il qu'enfln vous ne preniez ma place ? Que d'un cœur tout à vous votre ordre ne m'efface? Songez-vous aux efforts que vous allez tenter? A votre ambition ce qu'il en peut coûter?
Vous sied-il dans le rang dont son amour vous tire D'élever jusqu'à moi l'orgueil qu'il vous inspire ?
CALLIRHOÉ
Le choix qu'il eu a fait, a prononcé de moi ; En m'attaquant à vous, je n'obéis qu'au roi. Sur nos perfections c'est assez nous débattre. EU je n'ai pour l'aimer, que vous seule à combattre.
ARSIKOÉ.
Faut-il vous rappeler quel autre attachement Opposent vos devoirs à votre engagement ? Suis-je sans souvenir? perdez-vous la mémoire Des nœuds où vous deviez attacher votre gloire? Des vœux que vous formiez ne vous souvient-il plus? Oubliez-vous le choix, l'hymen de Télénus, Et qu'à ce frère aimé votre âme ambitieuse Bornant tous vos désirs^ a cru se voir heureuse ? C'était là le sujet , le comble de vos vœux.
CALLIRHOE.
A mon cœur ébloui rappelez d'autres nœuds,
Et cet attachement après quoi je soupire ,
Dont par un sûr garant vous m'avez fait instruire.
Prenant tout autre choix pour une trahison,
E^ le mettant lui-même hors de comparaison ;
AVec Alcméon seul décidée àm'entendre,
J^ suis plus que jamais résolue à me rendre.
ARSIKOÉ.
Rendez-vous, j'y consens; mais faites que, du moins. Il soit juste pour vous de m'enlever ses soins.