‹ AlcméonChapitre 6 sur 49 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Vous me rendez la paix où je n'osais m'altendre Tant qu'un fâcheux hymen m'empêcha d'y prétendre.

A peine eus-je aux autels formé cette union Que du trépas d'un père armant la trahison Ma mère de soupçons fut par moi poursuivie , Et n'eut pour m'apaiser que l'offre de sa vie. Je voulaisrimmoler et ne voyais jamais Qu'un père armé pour moi du poids de ses forfaits. Fallait-il l'écouter? et certain de son crime Un fds devait-il donc la prendre pour victime? Enfln à la punir je n'ai plus d'intérêts , Un hymen plus heureux va calmer mes regrets ; Écartant une épouse à mes désirs contraire. Je puis sans crime encor m'attendrir pour un père. Vous, qu'attend cet hymen, vous ne m'en voulez pas, Et n'allez pas d'un meurtre armer mes faibles bras.

CALLIRHOË.

Non, seigneur; mais comment faible et sans résistance D'une épouse en vos nœuds repousser la constance? Croyez-vous l'apaiser , et sans de grands efforts, Etouffer dans son cœur sa plainte et vos remords? Moi-môme enfin, quel fond puis-je faire sur elle? Et comment désarmer une épouse fidèle?

Une épouse établie encor dans votre cœur Et dont rien à vos yeux n'atteste la froideur?

Que vous fait sa froideur? quand mon indifférence Vous a même avant-elle assuré ma constance ? En croirez-vous l'amour, les feux fiu'elle n'a plus, Quand ma haine a rendu tous ses vœux superfius?

Reposez-vous sur moi du soin de la réduire Et de savoir sur elle établir votre empire? Sûre d'atteindre un jour un si rare avenir Gagnez en l'attendant le droit de l'obtenir.

CALLIRHOÉ

Eh, comment obtenir un si rare avantage. Quand sa haine déjà m'en dispute le gage? Quand des dons mérités, acquis à mon amour, Le prix est à mes mains disputé chaque jour? N'a-t-elle pas sans cesse, au nom môme du trône, Réclamé ces honneurs dont l'éclat m'environne? Ces présents prodigués à son œil envieux , Que sa haine attribue aux droits de ses aïeux? Si je ne puis saus crainte en recevoir l'hommage , Comment d'un sort plus doux me retracer l'image? Comment prétendre un jour à lui faire oublier Les biens que dès l'abord on la voit envier ?

ALCAIÉON.

Ces présents sont à vous; loin de moi la faiblesse. D'en détourner le prix cher i\ votre tendresse. Gardez pour honorer leur nouvel attribut Ces dons que de son sang elle croit le tribut. Pour elle, son bonheur ne peut longtemps encore Obscurcir vos destins, en retarder l'aurore. J'ai vu depuis longtemps son malheur se trahir; La reine, ainsi que moi, commence à la haïr; Et je vais, unissant notre haine commune , De voire amour au trône assurer la fortune.

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