SCÈNE III DE BRAY, seul
Ah! je n'espérais pas tant : un sauf-conduit pur et simple, sans nom, sans signalement, le sceau respectable de la police, au moyen duquel, eût-on assassiné sa mère, on passe libre au milieu de la société, admirable perfectionnement de la civilisation !... Deux heures !... Ainsi, dans soixante minutes, plus de prison, de l'air et du soleil !... Ah !... Mais Georges, mon fils, qui à quatre heures, quand je fuirai Paris, libre et riche, respirera pour la dernière fois cet air si pur, saluera ce soleil si beau !... Georges, candide et bon il y a un
ALEXANDRE DUMAS I il
an. poussé par moi depuis un an des excès au vice, du vice au crime, du crime à l'échafaud !.. Ali ! mon fils, mon (ils, le seul à qui la nature a permis que je donne ce nom!... Si je pouvais l'enmener avec moi, si ce sauf-conduil riait pour deux au lieu d'un?... Non, non, il y a : K le Porteur »... Oui, mais il n'y a pas de signalement, pas de nom... il pourrait fuir à ma place, fuir et me laisser... Me laisser!... Qu'importe... n'ai-je point des secrets avec lesquels je ferai tomber les grilles de cette prison?... Il n'est pas du peuple, lui, c'est mon fils!... Oh ! c'est bizarre, cet empire que prend en un instant le nom d'un fils sur le cœur d'un père : c'esl le dernier des sentiments qui reste au fond de l'âme où il n'y a plus d'autre sentiment ; c'est votre sang, c'est votre vie... mieux vaudrait mourir que de le voir mourir... Ah! Georges, Georges, il faut que je te sauve!... (Au concierge, qui entre.) Ah! te voilà?