SCENE PREMIERE DE BRAY, LE CONCIERGE, puis UN GREFFIER
DE BRAY
Ne peux-tu me faire servir à déjeuner ici ?
LE CONCIERGE
Ce n'est point ici votre prison, ce n'est qu'une chambre de passage.
DE BRAY
Justement, c'est pour cela.
LE CONCIERGE
Mais...
DE BRAY
Oui, oui, je sais; il faut tout payer ici, la paille du cachot, le rayon de soleil, Pair qu'on y respire... Tiens, voilà un louis, tu prendras dessus le déjeuner que tu vas m'apporter.
LE CONCIERGE
Et ce qui restera ?
DE BRAY
C'est pour toi et le soleil, il y a huit jours que la paille est payée. (Le concierge sort.) Ils m'ont laissé condamner, les misérables, condamner à la flétrissure et au bagne! J'avais bien raison de les mépriser... Fou que j'étais, de compter sur eux et de croire à leur reconnaissance!... Enfin!... (Un greffier passe, en soriant d'une chambre vis-à-vis. I Ah! quelque pauvre diable à qui l'on vient de lire sa sentence...
le concierge, rentrant.
Voici votre déjeuner.
DE BRAY
Il n'est venu personne pour moi ?
LE CONCIERGE
Personne.
DE BRAY
Oublié tout à fait. A ta santé, concierge, car il n'y a que toi qui ne m'oublies pas.
LE CONCIERGE
Dam ! je suis payé pour cela.
de bray, portant le verre à sa bouche. Qu'est-ce que ce greffier qui sort d'ici ?
LE CONCIERGE
Il vient de lire sa sentence à un condamné.
DE BRAY
A mort ?
A mort.
Pourvoi rejeté?
LE CONCIERGE
DE BRAY
LE CONCIERGE
Il n'a pas voulu se pourvoir. C'est un gaillard; il s'est dit : (( Quarante jours de plus ou de moins dans la vie d'un homme, quand on en est arrivé là, c'est plus la peine d'en parler, autant en finir tout de suite. »
DE BRAY
Diable, c'est rare, ce courage-là.
LE CONCIERGE
Chez les condamnés politiques, cela arrive quelquefois ; chez les assasins, ça n'est pas si commun.
DE BRAY
C'est un assassin ?
LE CONCIERGE
Oui ; dans un moment de mauvaise humeur, il a tué sa maltresse.
DE'BRAV
maltresse !... Et quel est le nom de ce jeune homme ?
LE CONCIERGE
Georges Burk.
de bray, se levant.
Georges Burk, dis-tu, Georges Burk!... Et on l'exé cute?
LE CONCIERGE
Aujourd'hui, à quatre heures.
DE BRAY
Une heure... il est une heure!... (Il retombe sur sa chaise.; Ah ! Georges Burk !... Catherine, Catherine, comme tu dois me maudire!... Si j'avais été libre, je l'aurais sauvé, le malheureux!... Insensé, je parle de mon pouvoir, et je suis sans ressources pour moimême...
— Ah! Georges, pourquoi n'ai-je pas su plus tôt que tu étais mon fils !... Il était écrit là-haut qu*il finirait dans le sang, sur un échafaud, lui, Georges, lui, mon fils !... et moi... (Il laisse tomber sa tête dans ses mains.)