‹ Alexandre Dumas. [Edité par] Hippolyte ParigotChapitre 70 sur 95 · LE PI 1)1" S · texte numérisé non relu

LE PI 1)1" S

Que Jupiter m'en garde !

SABINUS

Je ne te comprends plus.

LEPIDUS

Moi ! que je me hasarde A courir à travers les plaines et les bois,

î par des soldats comme un cerf aux abois, Ou comme Marius, en mes terreurs nocturnes, A m'enterrer vivant aux marais de Minturnes? Moi! que j'aille, d'un jour pour retarder ma fin, Subir le froid, le chaud, et la soif et la faim? Oh! non pas!

AN NI US

Cependant la torture ou la fuite...

LEPIDUS

N'est-il pas un moyen de tromper leur poursuite? Dis!

SABINUS

Je n'en connais pas.

LEPIDUS

Sabinus, sur mon sort Ton amitié t'aveugle; il en est un.

La mort,

ANN1US

N'est-ce pas*?

LEPIDUS

Allons donc!

SABINl S.

Toi, mourir à ton âge'?

Impossible.

;!2i PAGES CHOISIES D ALEX AN DUE DUMAS. LEPIDUS.

Et pourquoi vivrais-je davantage?

L'homme ne compte pas par les temps accomplis, Frères, mais par les jours lumineux et remplis. J'ai vu dans les plaisirs ma jeunesse ravie Si bien que j'ai vécu toute une longue vie. Laissez-moi donc mourir, mes frères, il est temps; C'est un bienfait des dieux de mourir à vingt ans, Et de ne pas sentir de nos jeunes années Se sécher à nos fronts les couronnes fanées. Aujourd'hui pour jamais si je ferme les yeux, Je meurs candide et pur, croyant encore aux dieux, Au bonheur du foyer, à la douce patrie, A l'amour consolant, à l'amitié chérie; Tandis qu'en attendant, dépouillé de tout bien, Peut-être je mourrais ne croyant plus à rien. Puis, fidèle auditeur des paroles du maître, D'avance, à ce moment j'avais dû me soumettre, Et c'est bien ! car, plus tôt que je ne l'espérai, La mort qui vient à moi me trouve préparé. D'ailleurs, qu'est cette mort tant crainte par les hommes? Un voile entre Phœbus et la terre où nous sommes. Si le mal et le bien naissent du sentiment, Le sentiment éteint, l'homme, au même moment, Cesse de distinguer le plaisir et la peine; Il est libre, que d'or ou de fer fût sa chaîne; La mort n'a point de prise aux esprits résolus. Je suis, elle n'est pas ; elle est, je ne suis plus.

Lepidus!

S A BIN US

Frère !

L El' II) US.

Assez.

Faisant signe à l'Esclave des bains.;

Esclave !

l" e s c l ave.

Maître?

LEPIDUS

Avance.

Dans une chambre, enfant, prépare-moi d'avance Un bain voluptueux et tiède et parfumé Où l'on puisse dormir d'un sommeil embaumé. Va.

(L'Esclave rentre.)

S \l! INÏ'S.

Tu veux donc toujours?

LEPIDUS, lui passant au cou son couier d'or.

Cette chaîne est la tienne; C'est le don d'une jeune et belle Athénienne.

(A Annius.)

Ce poignard est à toi ; quand tout te manquera, C'est un ami fidèle et qui te secourra. Maintenant, quittons-nous, car mon destin s'achève. Le maître a dit: «La mort est un sommeil sans rêve. » Adieu, je vais mourir!

ANNIUS

0 Lcpidus! un dieu Bientôt te vengera.

LEPl DUS, sur le seuil des bains.

J'en ai l'espoir... Adieu!

(Il entre. Les deux amis se confondent dans la foule.)

i E P El im.i: .

I ii courrier! un courrier !

\ 1 II \ N I r s. regardant du côté d'où vient le courrier.

L'oncle de César... Placé!

(Caligula, Prologue, se. vu, p. 20-29.)

LE DUC DE GUISE '

(Scène du gantelet.)

Le duc de Guise, jaloux de Saint-Mégrin, favori du roi, qui aime la duchesse, contraint celle-ci par la force à écrire un billet qui attire le favori dans un guet-apens.

Page 1