Dumas, La Dame aux Caniélias. Préïacc de
ET
« La Dame aux Camélias, « l'un des mystères de notre « époque... »
(Jamn.)
UN JOUR du mois de septembre 1844, Alexandie Dumas était allé à Saint- Germain rendre visite à son père. Installé dans la coquette villa Médicis, le romancier achevait alors son Monte-Cristo, dont la publication se faisait avec « un succès extravagant ^ » qui balançait celui des Mystères de Paris. Déjà, mirant ses rêves grandioses dans le Pactole qui affluait à sa caisse, il dressait le plan du manoir fastueux qui bientôt s'élèverait aux Monts-Ferrand.
« J'avais rencontré en route Eugène Déjazet, le fils de la grande comédienne, nous
1. Blaze de Bury, a. Dumas, sa vie, son œuvre, son temps. Paris, C. Lévy, in -16, 1885.)
conte Dumas. Nous avions monté à cheval ensemble, et, riant et causant, au galop de deux chevaux loues chez ce Ravclct que tous ceux de ma génération ont bien connu, nous avions parcouru cette belle forêt de Saint-Germain... Nous étions revenus dîner à Paris et nous étions entrés au théâtre des Variétés ou nous avions pris place à l'orchestre ^ .«
C'est dans les mêmes termes que l'amant de Marguerite Gautier commence son récit, à ce détail près, que l'action est en avril : « J'avais passé ma journée à la campagne avec un de mes amis. Le soir, nous étions revenus à Paris, et ne sachant que faire nous étions entrés au théâtre des Variétés. » Cet ami s'appelle lui aussi Eugène, est musicien et très dissipé. Est-ce pour atténuer la ressemblance de ce comparse avec le fils de Déjazet que l'auteur de la Daine aux Camélias l'a dénommé, dès la seconde édition du roman, Gaston R..., et Gaston Rieux dans la pièce?
Au seuil de cet automne qui s'annonçait avec une verdeur printanière, le Tout-Paris est encore absent. Les salons sont fermés. « Les boulevards n'ont plus de fièvre ^ », les derniers échos se sont tus du Festival monstre de Berlioz et du Bal-Concert de Strauss qui ont clô-
1. A. Dumas fii.s, Théâtre complet. La Dame aux Camélias. Noie A. 29 soplfmhrc 1881. (Édition des Comédiens. — Paris, in-80. C. Lcvy, 1882-93.)
2. Vicomte de Launay (M*"^' de Girardin), Lettres Parisiennes (septembre 1844).
turé l'Exposition de l'Industrie. La Jeunesse dorée poursuit ses aventures des saisons d'eaux. La eai)itale n'a plus que l'aspect « d'une belle ville d'Allemagne peuplée de bonnes gens raisonnables et désœuvrées ^ ». Le plaisir ne ehôme point tout à fait, il se déplace. On se donne rendez-vous justement chez Ravelet, dont le manège est établi au premier rond-point de la terrasse de Saint- Germain oîi défde tout ce que la galanterie compte de jolies fdles ^. On les retrouve le soir au bal du Château-Rouge, rue Neuve de Clignancourt, chez Mabille où trône Elise Sergent, la Reine Pomaré, qui fait oublier la gloire de Carabine et de Mousqueton — , ou encore au Ranelagh, qui charme les loisirs « des lions de bonne ménagerie, des fils ou des vieillards de bonne famille, faisant leurs premières ou leurs dernières armes à la suite de quelque beauté à ses débuts ou sur le letour^)). Les petits théâtres les voient également parader dans une toilette « osée et ruineuse ».
Il est vrai, qu'en ce moment, « l'aspect des salles de spectacle est assez mélancolique » ; c'est le temps des essais timides et des re-