Préface (A mon père
2. La Chronique (2'" année 1842, tome P'') avait publié, en effet, la bluclle inlitulée : L'Amour et la Jeune fille, datée de janvier 1841, en l'accompagnant de cette note : « Ce sont les premiers vers de M. Dumas fils. » Ce qui n'était pas très
poétiques, nées d'une première prise de contact avec les réalités de ce monde, valent des lettres intimes. Dumas y livre sa pensée et l'expression de ses sentiments avec un minimum d'apprêt qui leur donne l'intérêt d'un document psychologique plutôt que celui d'une œuvre littéraire. Aussi bien, comme il l'écrivait plus tard à Henri Lavoix, en lui dédiant le Bijou de la Reine, s'il crut, un instant à une vocation de poète, il revint bien vite de sa méprise dont il s'amusait en déclarant la poésie « un bel art qui excelle souvent à dire d'une manière séduisante des choses qui ne signifient rien du tout. ))
Une des pièces les plus intéressantes du volume est celle qui a pour titre Solitude. Elle est d'un rêveur assez enveloppé encore des rayons du couchant romantique, un peu sceptique, railleur et blasé comme il convenait à tout bon Jeune- France.
« Six mois seuls dépassent ses vingt ans » et
exact, puisquo sa verve poéti([uc s'était exercée dès 1840. Peu après, cette même revue donna de lui des strophes intitulées A M"^^ M.B. Ce sont cflles qui, dans Péchés de Jeunesse ont pour titre : Amour el prière, et portent la date de juin 18'iO. D'autre part, \ç Keepsake de la Chronique pour l'année 1843 (in-16, déc( niljrc) publiait les vers Sur la mort d'une jeune femme dont on retrouve dans Péchés de Jeunesse les trois premières slropl\es sous le titre : Après deux mois de mariage (avril 1843), et dont deiix autres strophes avaient été prélevées de la pièce Luclu.s ingens (mars 1840). Le même recueil j)roduisait encore sous le litre : /.« pâquerette et sous le pseudonyme de Théodore Descuèrks, la j)oésie qui, dans Péchés de Jeunesse, s'intitule : Les Conseils à la Marguerite (mars 1840).
déjà « l'ombre du passé lui fait son présent sombre » ; sa tristesse est « affreuse )>, car il n'en est plus à compter les trahisons de la femme : « de ses amours nuls ne lui sont fidèles.» Par cette nuit de décembre, sa fenêtre bien close, il évoque devant un feu qui flambe, le mensonge de ses rêves effacés. « Je suis jeune, s'écrie-t-il, et déjà j'eus des amours sans nombre,
Qui tous, en me raillant, un jour s'en sont allés, Après m'avoir promis ce qu'aucun d'eux ne donne, Me laissant seulement comme dernière aumône Le souvenir, parfum des parfums envolés !
Elles sont là, maintenant, ombres légères, profils ou médaillons, couchées côte à côte, dans ce reliquaire du souvenir, ces fdles d'Eve qui, « fronts dorés », « jambes nues », confondues avec les fictions du rêve, lui avaient fait cortège de leurs grâces juvéniles : et Blanche, « au front pur », et Conchita « le plus charmant mélange de la Sévillane et de l'ange », et Antonia, « œil noir et peau blanche » d'une Andalouse ou d'une aimée ; et vous, belle indolente dont il baisait les ongles roses et lissait les blonds cheveux, à vos pieds, au retour de son lansquenet ; et vous qui, éprise « d'un amour éternel » avez, durant « la moitié d'une année », enfermé tout son horizon dans votre alcôve ; vous, enfin, « cœur incompris », triste exilée chez nous des nuits orientales ; vous
toutes, « chastes vagabondes » qui, levant un des coins de votre robe, lui disiez tant « d'espérer ou de se souvenir » ! 11 s'est souvenu ^ !
Mais sauf pour Marie Duplessis, aucune main n'a soulevé le voile que l'heureux amant avait abaissé sur leurs visages. Cette discrétion nous est garante que ces belles anonymes n'eurent point sur l'avenir littéraire de Dumas l'influence qui valut à d'autres que leur nom fût livré à la postérité.
Ces galantes fortunes paraissent n'avoir connu que des jours d'humeur égale, et ne pas s'être traînées en des heurts douloureux où le cœur se brise. Les sentiments qui battent sous leurs rimes ne sont pas ceux des grandes passions. Éclos dans les sourires du printemps, ils sont trépassés dans la mélancolie de l'automne, d'avril, « blonde saison des roses », à septembre « quand la feuille déjà penche et se décolore ».
L'évocation des « blancs fantômes des amours évanouies » qui, ce soir là, en cette fin d'année 1845, secouaient sur le cœur du poète leurs voiles parfumés, s-'achevait, cjuelque douze ou quatorze mois après, en ce poème élégiaque qu'il dédiait aux mânes de Marie Duplessis. Le lien que le caprice avait noué à la sortie des Variétés s'était rompu au mois d'août suivant. Mais le temps écoulé depuis la