FRANÇOIS COPPÉE
Tableau ( Salon de iSjg).
Mon Cher Confrère,
Je voudrais avoir plus de temps pour vous dire ce que je pense de Falguière. Cet homme a le don de vie. Il a animé des statues , il a animé des statuaires. Je l’ai vu devant un buste de notre ami Ch. Degeorges — mort trop tôt pour ! Ecole française, — apporter, avec l’indication pittoresque et sûre, le coup de pouce du génie. Toulouse, qui a donné tant de sculpteurs à la France, les doit en partie à ce Toulousain.
J’ai cessé depuis longtemps, — apres avoir créé le mot, quia fait fortune, — d’être un salonnier; mais je suis un fidèle des Salons, et toujours, avec joie, certain d’avoir une profonde impression d’art, je demande à ma première visite où est « le Falguière », ou plutôt, j’y vais tout droit.
Et je rencontre alors quelque exquise figurine comme la Danseuse,
quelque noble effigie juvénile comme le La Rochejaquelein, quelque fière statue de. militant évêque, comme le Lavigerie. Depuis le Vainqueur au combat de Coqs et le délicieux Martyr chrétien, Falguière est une gloire incontestée. Vous trouveriez dans ce que fai, çà et là, pu écrire sur lui des témoignages plus précis que ces quelques lignes cursives. Je vous les envoie non commeune appréciation du maître, mais comme un témoignage d’admiration, d’affection aussi pour l’homme simple et droit qu est ce grand artiste.
Nous ferons belle figure en 1900, avec nos admirables sculpteurs. Au premier rang, et à côté des plus durables des ouvriers de chefs- d' œuvre, sera Alexandre Falguière, et la Plume a eu raison de glorifier ce Ciseau. Un ciseau qui repose parfois auprès d’un fer pinceau de coloriste.
Cordialement à vous, mon cher confrère, et pardonnez au tard venu.