‹ Alexandre ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, 1801-1823Chapitre 15 sur 20 · d L'EMPJiUElU ALEXAxNDUE · texte numérisé non relu

d L'EMPJiUElU ALEXAxNDUE

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L'EMPEREUR

Jaloux (le Topinion si précieuse de Votre Majesté Impériale, j'ose, au moment où je reçois ma démission, supplier qu'il me soit permis de l'entretenir pendant quelques instants de moi-même. — Sans aucune prétention de conserver ma charge, j'aspire seulement à conserver une place favorable dans le souvenir de Votre Majesté Impériale.

Je ne veux parler que de mon service comme curateur, qui seu] paraît exposé à diverses interprétations.

Votre Majesté Impériale daigna me nommer à cette charge en 1803. — Mes fonctions au collège des affaires étrangères et mon séjour constant à Pétersbourg (sauf Tintervalle de quelques mois que je passai auprès de mes parents) ne me permirent pas de m'occuper exclusivement des affaires de l'arrondissement de Vilna. Cet objet, quelque important qu'il fût, semblait alors d'un intérêt secondaire relativement à mes autres occupations.

Les événements des années 1805, 1806 et 1807 n'étaient que trop de nature à distraire de tout autre objet.

Je quittai Pétersbourg dans l'année 1810. Les circonstances impérieuses du temps me retinrent depuis lors à l'étranger. Mes voyages et mes occupations dans les années 1814 et 1815 sont connus de Votre Majesté Impériale.

Je ne repris les fonctions de curateur qu'en 1816. Votre Majesté Impériale me permit, toutefois, de rester à Varsovie pour y vaquer aux obligations qu'elle avait daigné me confier dans le royaume. Celles-ci cessèfent et j'ai visité, en j817, l'Université et plusieurs écoles de l'arrondissement.

Le temps écoulé depuis 1803, où les premiers statuts

furent rédigés, avait déjà développé de nouveaux besoins dans les écoles et fait sentir l'insuffisance des anciens règlements. Les inconvénients n'ont pu toutefois être aperçus ni appréciés entièrement qu'à mesure que les circonstances les découvraient. Aussi, si Ton examine les actes de mon service, l'on sera amené à reconualtre que cet objet important ne m'est jamais sorti de la pensée et qu'à dater de 1817, j'ai introduit ou proposé, presque tous les ans, des mesures propres à améliorer la police des écoles, — car je ne veux parler ici que de ce seul objet. En 1817, j'ai enjoint aux étudiants de ne porter d'autre habit que l'uniforme qui leur est prescrit, et je leur défendis entièrement de fréquenter les spectacles ou d'autres rassemblements publics. — En 1818, j'instituai au sein de l'Université un comité spécial, chargé exclusivement de la surveillance des écoles et des livres élémentaires. En 1819, l'ancien règlement sur la conduite et la réception des étudiants à l'Université fut refait, et l'on prescrivit les devoirs et les obligations des gouverneurs qui surveillent la conduite journalière des élèves dans les écoles.

Sans doute, ces mesures pourront paraître aujourd'hui faibles et insuffisantes ; mais il faut les juger selon

le temps et les circonstances pour lesquelles elles ont é(é introduites.

C'est vers ce temps que j'obtins de Votre Majesté Impériale la permission d'aller à l'étranger, où je fus obligé de séjourner pendant deux ans pour la santé de ma femme.

Durant mes différentes absences, l'Université et l'arrondissement de Vilna reslèrent sous la direction immédiate du ministère sans que le système d'enseignement ait jamais subi aucune altération, ni encouru aucune censure.

Jusque-là, et pendant toutes les époques de mon service, la régie des écoles et le développement des lumières avaient été sans doute des objets d'un extrême intérêt ; mais les travaux et la surveillance qu'ils exigeaient pouvaient être conduits avec plus de loisir et sous des points de vue moins pressanis.

Après mort retour, vers la fin de 1821, je trouvai des circonstances bien plus graves et plus difficiles.

Les affaires des écoles avaient entièrement changé d'aspect et de nature. — L'esprit turbulent qui s'était réveillé dans diverses universités allemandes et la funeste manie des sociétés secrètes parmi les étudiants de ces universités avaient attiré l'animadversion dos gou-

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vernements. La contagion pouvait facilement s'étendre jusqu'à nos écoles. Bientôt après mon retour, j'écrivis encore, en 1821, au mois de novembre, au recteur d'alors, un office pour lui recommander la vigilance la plus soutenue et pour défendre strictement les sociétés secrètes.

Cet écrit, qui ne m'était inspiré que par une crainte vague, n'a pas été sans quelque effet. 11 est permis, du moins, de s'en flaUer, quand on rapproche sa date de l'époque dans laquelle, d'après même les dernières enquêtes de Vilna, certaines menées secrètes et les premiers germes d'association ont été rompus et dissous.

J'entrepris bientôt après, dans le mois de mars 1822, la visite générale de l'Université, d'où j'avais été absent pendant près de trois ans, et mon séjour à Vilna dura jusqu'au mois de juin.

Éclairé sur la situation des instituts d'éducation en Europe, sur le changement d'opinion et sur le gouvernement, j'employai, depuis celte visite, tout mon zèle et tous mes efforts pour tâcher de répondre aux intentions de Votre Majesté, et pour sauver l'arrondissement de Vilna des malheurs dont toutes les universités de l'Europe ont été successivement menacées.

Mon premier soia devait être de me procurer pour la régie de TUniversité un aide zélé et capable, un instrument sur lequel je pusse compter.

Le retard que j'ai éprouvé avant d'obtenir la démission de l'ancien et la confirmation du nouveau recteur, retard qui m'a fait perdre plus de six mois, a été cause • que, dans ces derniers temps, quelques réformes déjà préparées n'ont pu être exécutées d'urgence, ce que je crois être une des premières causes des malheurs qui ont fondu sur l'Université.

Sans cette perte de temps, le gymnase de Vilna aurait été réformé et l'événement du 3il5 mai, n'aurait peut-être pas eu lieu, ou aurait pris une tournure bien plus naturelle (1).

Cependant, depuis le rectorat de M. Zvardovski, on a entamé beaucoup d'améliorations, surtout dans la partie de l'administration et de la police, que je lui recommandai particulièrement au moment de sou entrée en fonctions, par un office de novembre 1822, dans

(i) Il est ici question d'ane manifestation d'étudiants qui devint le trop facile prétexte de tout un système de répression. M. de Novosiltzof fut envoyé à Vilna pour faire une enquête à la suite de laquelle commença une persécution qui alla chaque jour croissant. Le prince Adam lutta tant qu'il put contre ce système, puis il fut vaincu. Cette lutte marque le moment où l'orage s'amassait contre l'université de Vilna.

lequel la police des écoles reçut de nouveaux développements. Tout commença à prospérer, tout donnait Tespoir que bientôt ces instituts mériteraient de regagner Tancienne protection et la bienveillance si précieuse de Votre Majesté.

Mais, au moment où le nouveau recteur commençait à déployer son activité, il fut mis aux arrêts. Nos travaux furent paralysés par son arrestation, et, depuis, par Tenquête de Vilna ; — de manière que, si Ton déduit toutes ces intermptions, et si Ton veut jeter un coup d'oeil sur les travaux qui m'ont occupé depuis l'entrée du nouveau recteur, l'on sera obligé de convenir qu'un zèle ordinaire n'aurait pas réussi à faire autant dans un si court espace de temps.

Je dois encore ajouter une circonstance qui ne sera pas rejetée par le cœur de Votre Majesté Impériale, et qui achèvera de m'excuser à ses yeux, si mon activité lui a paru ne pas être au niveau de la difficulté des circonstances. C'est au milieu de ces difficultés, de ces désagrôoients que j'ai éprouvé dans ma famille les malheurs les plus douloureux, de sorte que je considère cette dernière année de mon service comme Tune de celles où j'ai eu le plus de chagrins dans ma vie.

Quoi qu'il en soit, je quitte ma place avec la conviction d'avoir servi Votre Majesté de tous mes moyens, avec un zèle sincère et bien dirigé, avec la conviction que les réformes et tes améliorations projetées ou entamées auraient produit dans peu de temps des résultats assez satisfaisants pour ne plus laisser aucun doute dans Topinion de Votre Majesté sur le compte de l'arrondissement de Vilna, et que le bien aurait été produit sans bruit, sans éclat, et sans indisposer le pays. — Le rapport que je ferai au ministère, au témoignage duquel je suis en droit d'en appeler, prouvera plus au long, et par tous les détails des autres parties de ma gestion, la vérité de ce que j'ose avancer ici en peu de mots.

11 ne me reste qu'à mettre les instituts naissants et déjà établis, tous les individus qui remplissent avec zèle et conscience leur devoir, et la jeunesse nombreuse de l'arrondissement de Vilna sous la protection bienfaisante de Votre Majesté Impériale.— Je formerai des vœux continuels pour qu'ils ne perdent pas cette unique sauvegarde sans laquelle les instituts et les fonds qui les soutiennent, et l'utilité qui pourrait en résulter dans le temps présent et à venir, échapperaient difficilement à la ruine.

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Le règne de Votre Majesté a commencé avec tant d'éclat par la protection accordée aux lettres, que celle seule pensée doit calmer toutes les craintes, et inspirer quelque confiance.

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