INTRODUCTION. CLXI
fainéants et imbéciles, comme un intrigant qui veut se faire une position ! C'est odieux, mais c'est bien naturel. Une importante réaction s'était produite dans les idées. Le bon vieux temps du caprice était passé. A l'ombre de la Terreur, la direction incapable du Muséum avait suffisamment abusé de son pouvoir. Lenoir et son Musée avaient enfin rencontré un protecteur.
Si je me crois le droit d'être sévère pour l'administration républicaine des Musées, parce que j'ai les mains pleines de preuves accablantes, j'ai Tobligation de dire ce qu'elle fit de bon. Il se trouvait parmi les Conventionnels des esprits fort judicieux, qui avaient individuellement des idées très-justes sur l'organisation des arts. Quand le 9 thermidor eut rendu la liberté à Ginguené, on en fit un directeur de l'Instruction publique. Ginguené *, administrateur intègre et trèsintelligent, fit beaucoup de bien aux arts. Ce n'était pas un révolutionnaire, et il appliqua avec modération et discernement tout ce que les lois républicaines avaient d'utile. Il comprit immédiatement la valeur de Lenoir et l'importance de l'immense collection qu'il avait formée à petit bruit, insensiblement et sans que ses plus hostiles adversaires s'en fussent aperçus. Il fit accepter, par le Comité d'instruction publique, la proposition de Lenoir, qui consistait à rendre sa collection publique (29 vendémiaire an IV — 21 octobre 179S) ^. La Convention une fois retirée, un homme fort distingué, d'une rare habileté administrative, devint ministre de l'Intérieur, et ce fut, dans la vie de lutte du pauvre Lenoir, un court moment de répit. Bénézech n'était pas de l'école des gens de goût. Il estimait qu'un Musée n'est pas destiné
1. Lenoir, dans son avant-propos de la Description historique et chronologique de l'an VIII, p. 7, a hautement témoigné de l'intelligente intervention de Ginguené dans l'établissement du Musée des monuments français.