LXVIII JOURNAL DE LENOIR
« un membre, par digression, demande qu'on détruise tout ce qui, par sa médiocrité, propage le mauvais goût. Un autre s'oppose à cette mesure, observant que, pour peindre l'histoire, il est nécessaire d'être guidé dans les costumes et qu'on les retrouve dans les ouvrages même médiocres ; le premier répond que son intention n'est pas d'anéantir les antiques inférieurs, parce que l'on y reconnaît toujours un caractère supérieur à tout ce que nous avons de moderne ; mais il demande qu'une liste de proscription soit ouverte pour toutes ces figures modernes que le bon goût réprouve*. »
Tout ce que réprouvait le bon goût républicéiin devait donc disparaître. Ce vœu n'eut pas besoin d'être traduit en loi pour être immédiatement exaucé. Quelques jours après, le 6 ventôse en II, le Conservatoire récemment nommé par David arrête que « le plus promptement possible il fera ôter du Muséum les ouvrages qui ne sont pas dignes d'y figurer, mais que, par suite, il sera motivé par écrit les motifs qui ont déterminé le déplacement des tableaux qui ne doivent point rester au Muséum ; que ces motifs seront publiés, et que copie en sera remise au Comité d'instruction publique ^. » Le Jendemain, 7 ventôse an II, « un membre fait la motion que les pieds de table détestables qui portent de beaux marbres soient cachés par de la toile verte, afin que le goût du public ne soit pas gâté par la vue de semblables objets ^. )) Cette motion, combattue par plusieurs membres, est ajournée. On y revint plus tard, et on supprima « les pieds désagréables ou baroques *. » Le même jour, dans
1. Séance de la Société républicaine des arts du 23 pluviôse an II. [Journal de Detournelle, p. 125.)