‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 60 sur 252 · LXX JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

LXX JOURNAL DE LENOIR

fit insérer par Desternelle, dans son Journal, une lettre fort mordante *, les plus beaux tableaux des maîtres hollandais risquaient d'être déclarés inutiles à l'instruction publique et envoyés aux bureaux de vente.

Les plus graves pensées ne cessaient à ce moment d'agiter ces conservateurs, qui avaient pleine conscience de la haute portée morale et sociale de leur mission. Rien ne pouvait les distraire du but sublime proposé à leur ambition. Le 2 germinal an II, « un membre dit qu'un particulier lui a fait part de différents objets précieux et qui pourraient convenir au Muséum. Un autre observe que les objets de curiosité seulement ne doivent pas être à l'ordre du jour ; qu'il est plus convenable de s'occuper des choses dignes de la régénération des arts ^. » Deux jours après, « des citoyens offrent le modèle en plâtre de la Vierge de Saint-Sulpice. Le Conservatoire rend hommage au zèle de ces citoyens . Mais, par les motifs qui le dirigent dans la formation du Muséum et la régénération des arts, il n'accepte pas cette offre ^. » • - ,

Des scrupules de plus d'un genre assaillirent les conservateurs pendant leur travail d'épuration. Ils se proposèrent de former une collection dans laquelle seraient entassés les tableaux d'église qui pourraient froisser l'athéisme d'un

son Rapport au Comité d'instructioyi publique, en date du 7 prairial, Varon disait, p. 4 : « L'ancienne Commission avoit entassé dans un même lieu toutes Iss richesses qui étoient tombées dans ses mains. Mais ces richesses ne sont pas toutes de la même nature. A quelque degré de gloire qu'il soit intéressant do porter l'industrie de la France, ou ne saurait nier que la plus belle vaisselle, le plus belle porcelaine ne soit déplacée auprès des formes simples et pures d'un vase étrusque. Quelque réputation que se soient acquise chez les peuples corrompus, ces hommes qui prostituaient hier leurs pinceaux aux caprices delà mode et du faux goût; quelque dépense d'esprit qu'étalent leurs tableaux, il est certain qu'une bambochade et des magots ne peuvent s'allier aux toiles des Poussin, des Rapahël, des Lesueur, ni un Scarron se mesurer avec un Corneille. »

1. Journal de la Société républicaine des arts, p. 302 et suiv.

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