GLXVIII JOURNAL DE LENOIR
déclamations, que ces ruines répercutaient après les avoir inspirées, suffirent à protéger l'œuvre de Lenoir contre d'innombrables ennemis. Le Musée des monuments français fut sauvé par la charlatanerie de son jardin élysée. Pauvre science et pauvre art, qui n'obtinrent grâce momentanée, pour tant de cheCs-d'œuvre qu'en consentant à les prostituer aux plus vulgaires usages de la mode et à en faire desânstruments de politique ' 1
1. Tounneaté et menacé par les intrigues et les réclamations dn sculpteur Desûne, qui, dès l'an XI, youlait faire détruire le Musée des monuments français^ Lenoir eut le tor^ pour se défendre, de se placer sur le dangereux terrain politique, il expia cruellement cette faute en 1^16. Voici ce qu'il écrÎTait, en l*an XI, au premier Consul:
« Général consul, je ne rappellerai point à yotre mémoire les noms de ces • artistes ingrats, de ces écrivains gagés qui, par esprit de parti, cherchent à détruire, par les libelles scandaleux, tout ce que le gouTemement a pu faire de beau et de grand au milieu des orages qui abîmaient, pendant un temps, la France désolée.
« Après avoir été assex heureux ponr rendre quelques services au citoyen Deseine, sculpteur, avec lequel j'avais des relations d'amitié, il vient de publier une lettre adressée au premier Consul, tendant à détruire le Musée des monuments français, pour raporter les mausolées et tous les monuments qu'il renferme dans les douze paroisses de Paris, dont on ferait autant de musées, pour fixer plus longtemps l'étranger dans la capitale. Les monuments y seroient plus décemment,' dit-il. Quelle absurdité! Seraiitril décen^ par exemple, de 'léoorei nos églises des tombeaux de Molière, de La Fontaine,, de Boileau, d'Hélolse, d'Âbelard, de Diane de Poitiers, de la Pompadour, de la Dubarry, du portail d'Anet et du château de Gaillon î Les auteurs de Tartuffe, de Jfoconde et du Lutrin ne feraient-ils pas reculer d'effroi nos dévotes zélées et nos Argons devenus, par circonstance, le soutien de la foi ! 11 convient, continue l'auteur, de rendre (en remplaçant leurs statues dans les temples) à Louis XUI, à Louis XI V, au prince de Coodé, aux comtes, marquis et barons, ce^ enveloppe mystique et cette auréole sacr^ qui en impose ordinairement au vulgaire et dont on les * a dépouillés. Il me semble que l'auteur déclare ici formellement son opinion sur le gouvernement actuel, et qu'il aimerait mieux voir la France en monarchie qu'en république; Louis XVIII sur le trône que nos consuls; le9 parlements que le Conseil d'Etat et notre Sénat ; les princes et maréchaux que nos généraux et nos préfets. Il vendrait voir surtout l'Académie royale à la place de llostitut.
« Pour calmer les idées un peu exagérées du citoyen Deseine, on peut le renvoyer à l'article YUl de la loi rendue le 30 floréal an X, qui organise yne légion d'honneur pour le maintien de la République, de tous ses droits, et qui défend l'ostensibilité des signes de féodalité. » {Mémoire sur tes sépultures d'Héhise et (VAbélard, suivi d*un projet d'établir, dans le Musée des monuments français une chapelle siptûcrale pour y déposer leurs cendres, présenté au général Bonaparte, premier Consul, in-4«, p. 1.]
INTRODUCTION. CtZIX
Ce fat une étrange destinée que ceUe de Lenoir. U n'eut véritablement d'indépendance administrative et le pouvoir de faire le bien qu'à l'insu du gouvernement et pendant la période lugubre oil sa vie était en danger comme les monuments qu'il protégeait. L'Empire ne consentit à patronner cette œuvre qu'en la menaçant journellement de la faire servir ses desseins et lès besoins de son ambition ou diverses exigences de mise en scène S La Restauration la supprima, et, d'un trait de plume, accomplit un acte de vandalisme presque aussi préjudiciable à l'histoire de notre art que l'avaient été les destructions de la Terreur. Seul, pendant . un court moment, la République^ après avoir conspiré contre l'existence individuelle de chaque monument, respecta l'existence collective du Musée des Petits*Augustins et en favorisa le développement scientifique.
Qu'on veuille bien me pardonner h franchise de mes appréciations. L'histoire véritable de quelques établissements de la France révolutionnaire est encore à écrire. Jusqu'à présent, l'éloge acadéiûique ou les assertions convenues d'historiographes officiels ont tenu lieu de renseignements positifs. U est urgent de rompre avec ces
i. Sans parler des nombreux projets arortés qui devûent oonsomn^r la perte du musée des Petits-Augustios, l'empereur Napoléon, qui prétendait aToir fondé la^ quatrième dynastie, désira, en 1811, rétablir à Saint^Denis les tombeaux dss dynasties précédentes. Il consentait à associer ses prédécesseurs à sa fortune, à condition d'emprunter leur prestige et de préparer k sa dépouille mortelle et à celles de ses successeurs le voisinage de ces vieux monuments et de ces grands souyenirs.^ L^es tombeaux des rois de France deyaient ainsi être rendus à Saint- Denis; les tombeaux des grands hommes portés au Panthéon.
Un jour, cependant, TEmpire se départit de son indifférence relative à l'égard des Musées des monuments français. Voyez le n« 1074 du Journal dt Lenoir.