‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 119 sur 207 · t:ole des Élèves protégés, introduction, p. LXXXIX et xc · texte numérisé non relu

t:ole des Élèves protégés, introduction, p. LXXXIX et xc

GLXXri JOURNAL DE LENOIR.

il craint leur zèle ; il a peur que le Musée ne devienne une école et que ses conservateurs n'aient la prétention d'enseigner quelque chose au public. H redoute la naissance^ le dégagement d'une doctrine quelconque de tant de monuments juxtaposés. Devançant le ipot célèbre de Talleyrand, il leur reconmiande de ne pas se prendre trop au sérieux, et leur écrit la lettre qu'on va lire :

« Paris, le 25 décembre de l'an P' de la République.

Le Ministre de rintérieur aux commissaires-inspecteurs

du Muséum. .

(( Au zèle infatigable, à rintelligence et au goût que vous mettes dans Tarrangement du Muséum pour faire jouir le public le plutôt et le mieux des richesses de la nation, je crois devoir ajouter deux observations importantes, pour avoir lieu dans le temps présent du moins : La première... (il s'agit d'écarteç du «Musée les ouvrages des artistes vivants.) La *■ seconde est d'entremeller beaucoup les diverses écoles. C'est une étrange idée de croire qu'il importe aux artistes d'être à môme de comparer facilement les différents âges et les différentes manières de chacun en particulier. Il vaut infiniment mieux, h mon avis, qu'on cherche le beau de tous les genres pour s'en faire des idées grandes et à soi que de s^amuser à des comparaisons stériles qui ne tendraient qu'à une vaim critique.

« D'ailleurs le Muséum n'est pas exclusivement un lieu d'études. C'est un parterre qu'il faut émailler des plus brillantes couleurs; il. faut qu'il intéresse les amateurs sans cesser d'amuser les curieux. Cest le bien de tout le monde. Tout lé monde a le droit d'en jouir. C'est à vous à mettre cette jouissance le plus à la portée de tout le monde.

a Roland. »

Cette incroyable lettre ministérielle, les étranges théories qu'elle renferme ont longtemps pesé sur le Louye comme le mauvais sort qu'une fée malfaisante aurait jeté dans son berceau. Proscrire l'histoire et l'étude philosophique, amuser le public illettré, le grand tout le monde^ varier ses plaisirs, éviter les rapprochements qui pourraient Téclairer

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et le forcer à la réflexion, le oondaire d'impression vague en impression superficielle, chatouiller ses sens sans lui (^prendre rien de sérieux, de moral, de précis ; maintenir la foule dans l'ignorance qu'on partage, condescendre à ses jdus vulgaires instincts; épousseter les seuls marbres et vernir les seuls tableaux qui servissent de prétextes aux divagations des hommes de goût : telle fut l'occupation des premiers conservateurs. Heureusement les conquêtes de -la République et leurs merveilleuses conséquences pour le Musée de la Nation vinrent changer la face des choses. Ensuite une administration cofmposée d'hommes comme Dufourny, Visconti et Denon, au commencement du siècle, débarrassa le Louvre des fantoches impuissants qui le menaient à la niaiserie. U était temps, car on ne saurait calculer le nombre des pipes turqties et des chaises percées^ le nombre des horloges à musique, le nombre de joujoux ridicules que les fondateurs du Muséum auraient pu y entasser pour représenter l'art du moyen ftge, de la Renaissance et des temps modernes.

Quant à Lenoir, en dépit de Tironie, de la jalousie, des intrigues de ses rivaux, il a travaillé pour la postérité. Il a créé le recueil des pièces justificatives de l'admirable livre que son contemporain, Émeric David, écrivait sur la sculpture française. Lenoir, le fondateur Lenoir — suivant la • qualification qu'il aimait à si juste titre à se décerner — a fondé et pour longtemps. Savez-vous pourquoi ? Lenoir avait foi dans la science. Peu importe que cette foi ait été celle du charbonnier ^.

i. Lenoir, par condefloeodhnoe pour l'esprit de son époque, a saiu doute coDBenti à écrire U phrase inepte que voici (Ayant-propos de la Description de Tan VIJI, p. 14) : « Avant que Fi-ançois I*** eût créé les arts en France, notre école était plongée dans la plus afli^ase barbarie. Déjà la peinture et la sculpture étaient florissantes en Italie ; déjà, en Allemagne, Albert Durer avait fondé une école d'arts, lorsque, domina par la superstition, nous osions à peine former un trait, etc., etc. » Mais il ne faut pas oublier que cette opinion ne fut jamais la aiennei car U a consacré sa vie à lui infliger, par les faits, le

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