XXXIV JOURNAL DE LENOIR
abus, étaient dioses sacrées sous Tancien régime — mais de plus, comme on ne voulait pas rompre avec les traditions, les logements du Louvre continuaient à être demandés. Le farouche David lui-même en sollicitait s'il n'en possédait un déjà au moment de la chute de la Royauté ^ Il s'ensuit que les collections du Roi n'auraient pu trouver, au Louvre, sous la monarchie régulière, qu'une place insuf8sante et continuellement disputée par les artistes protégés. La Révo^ lution, au contraire, qui n'était liée ni par des habitudes de générosité ni par des engagements, pouvait, à Tuide de compensations équitables, débarrasser l'administration des Arts de ses invalides, et rendi'e à sa primitive affectation le palais trop longtenlps transformé en caserne. Elle le promettait, du moins, dans une lettre-programme adressée par Roland à David.
Lettre de M> Roland^ ministre de V Intérieur^ à M. David^ peintre^ député à la Convention nationale^ du 17 octobre 1792, l'an P' de la République française.
(( Hier, Monsieur, en arrivant de Vei*saiUes, l'on me remit un billet de vous auquel jelfie puis répondre que par quelques explications que la nature des. choses, votre position et la mieâne rendent nécessaires. Il est question de faire un Muséum aux galeries du Louvre ; il est décrété et, comme ministre de l'intérieur, j'en suis l'ordonnateur et le surveillant. J'en dois compte à la nation. Tel est Tesprit de la loi, c'en est aussi la lettre. Ce Muséum doit être le développement des grandes richesses que possède la nation en dessins, peintures, sculptures et autres monuments de Tart ; ainsi que je le conçois, il doit attirer les étrangers et fixer leur attention, il doit nourrir le goût des beaux-arts, récréer les amateurs et servir d'école aux artistes. 11 doit être ouvert à tout le monde et. chacun doit pouvoir placer son chevalet devant tel tableau ou telle statue, les dessiner^ peindre ou modeler à son
1. D'après Tétat des logexDenU du Louyre publié par M. J.-J. GuiiEreydaDS les Nouvelles archives de Vart français^ 1873, p. 147, David était déjà domicilié au Louvre sous le gouvernement de Louis XVI^ en 1790 ou 1791.