INTRODUCTION
Depuis qoe Tautenr de la présente publication a Thonnenr d'ôtre attaché à la conservation de l'un des départements du Musée du Louvre, sa constante préoccupation a été de reconstituer au moins par la pensée, — c'est seule- 'ment dans le domaine de la pensée qu'il peut intervenir efficacement, — la merveilleuse collection de sculpture nationale dont les monuments jadis dédaignés par les organisateurs du Muséum français, arrachés par Lenoir au vandalisme révolutionnaire, ont apparu, de 1793 à 1816, aux yeux éblouis de l'Europe^, dans ce musée, à jamais regrettable et si facile à faire partiellement renaître, du couvent des Petits-Augustins. Abandonnant donc le premier projet qu'il avait formé de traiter succes^vement et dans l'ordre chronologique des diverses collections royales ou particulières qui sont venues se fondre dans nos collections publiques du moyen Age et de la Renaissance, il crut que l'importance exceptionnelle du sujet l'obligeait à renverser l'ordre logique de ses recherches, et il se jeta avec passion dans l'étude du Musée des monuments français, dernière
1. Voyez notamment l'anecdote racontée dans la notice de M. Âllou sur Alex. Lenoir^ Mémoires de la Société des Antiquaires de France, tome XVI, p. xvii. L'effet produit par le Musée des Monuments français fut considérable, mftme en dehors de la France. Chose inouïe, pour l'époque, le premier volume de VouTrage de Lenoir fut traduit en anjflais.
vin JOURNAL DE LENOIR.
étape de tant de chefs-d'œuvre avant de parvenir au Louvre. Après avoir épuisé les sources imprimées et une grande partie des sources manuscrites conservées dans les dépôts publics, il se crut au moment de faire paraître le résultat de son travail. La découverte de nouveaux documents retarda la publication et Tarrèta, apcès Tavoir démesurément eprichie. Aujourd'hui, une histoire complète du Musée des Petits-Augustins et un récit môme sommaire de tous les actes de la vie de Lenoir, d'après les documents* originaux, demanderaient un développement tel, que l'auteur désespère de trouver jamais le moyen de publier un travail d'aussi longue haleine. Mais, par une inspiration providentielle, Lenoir semble avoir pressenti lui-môme la distraction du public et l'indifférence des éditeurs. 11 a, dans un journal écrit par lui avec une concision remarquable, résumé les principaux événements de son administration. Les érudits peuvent donc être facilement et immédiatement mis en possession de renseignements qui leur font depuis longtemps défaut et qui leur sont indispensables. Xa publication du journal de Lenoir, en permettant d'établir l'état civil d'un très-grand nombre d'objets d'art, jettera une lumière inattendue sur Thistoire de la sculpture française. Le journal de Lenoir n'est pas, comme on pourrait le croire, le cahier de notes originales rédigé au jour le jour et au fur et à mesure des événements par le conservateur des Petits-Augustins. Certainement ce cahier-brouillon a existé et a dû servir de mémento ^ Mais il suffit de voir le manuscrit, ou de le lire attentivement, pour être convaincu
1. Ce qui rend cette opinion extrêmement Traisemblable, c'est que, dans le Journal, on voit le premier et le deuxième mois de i*an II désignés seulement par le chiffre de premier et de second. Et, en effet, le décret de la Convention qui donna aux mois de l'année leurs noms réYolutionnaires ne date que du 4 frimaire an II. Si Lenoir avait écrit le brouillon de ses notes long* temps après les événements, il est très-probable qu'il aurait appliqué rétrospectivement et par analogie, aux deux premiers mois de l'an II, leurs noms de vendémiaire et de bnimûre. Cf. également les n»* 215, 235, 236.