LXVI JOURNAL DE LENOIR
s'y étaient glissés sauvèrent, aux mauvais jours, l'institution par leur présence, et au prix de quelques '^crifices faits aux idées de destruction. En somme, quoiqu'il y ait certainement beaucoup à critiquer dans l'œuvre de la Commission temporaire et qu'elle ait condamné des monuments de premier ordre, comme l'Oratoire de Cbarlemagoe, à Saint- Denis, il faut reconnaître qu'elle fit beaucoup de bien. Notre reconnaissance envers elle doit être sans limites, puisque, sans sa patience et sa complicité , Lenoir n'aurait pas pu . accomplir ses merveilleux sauvetages. Cette Commission était capable de sauvegarder par elle-même les collections d'art de la France, comme elle en a préservé les collections scientifiques, si on l'avait chargée de former directement le Muséum. Par malheur, on introduisit dan§ son sein la bande iconoclaste placée par David à la tête du Conservatoire du Louvre.
La Convention avait prétendu affranchir les artistes en supprimant l'Académie de peinture et de sculpture ; mais, comme elle voulait agir sur les mêmes artistes et que d'ailleurs une organisation et une direction quelconques étaient nécessaires, elle substitua à l'Académie la Commune des arts. Supprimée bientôt eo'mme trop réactionnaire, la Commune des arts fut.remplacée à son tour par la Société populaire et républicaine des arts, « séante au Louvre dans la salle duLaocoon », c'est-h-dire dans une des anciennes salles de l'Académie de peinture. Cette association avait une origine officieuse sinon officielle, puisqu'elle avait été fondée à l'instigation du conventionnel Sergent \ et qu'elle fut tout le
1. Séance de la Société populaire et répablicaine des arts da 3 germinal an n. — « On reçoit le citoyen Sergent, graveur, député à la Gonyentio.n..... Sergent déduit les motifs qui l'ont empêché de se réunir plus tôt dans notre sein. Ce fut moi, dit-il, qui you.h appris que le décret qui constitue la Commune des arts était rapporté ; je tous proposais de vous rétablir sous le titre de la Société populaire des arts ; la malveilance s*était plu à répandre que je voulais être le meneur de cette Société. Je crus alors, pour vous et pour moi, qu'il était utile de m'abstenir d'assister à vos séances : maintenant que vous-
INTRODUCTION. tXYII
temps inspirée par David ^ ^aigTé son nom, les protestations de ses membres, le peu de gravité de ses discussions, cette Société fut^ ou chercha à devenir, une véritable académie, bien autrement intolérante que Tancienne. On y entrait facilement, il est vrai ; il suffisait, pour se la voir ouvrir, d'être artiste et d'avoir un certificat de civisme. Mais la Société rendait des arrêts devant lesquels elle aurait voulu qu'on s'inclin&t. Elle classait les genres ^, sinon les hommes, et prétendit quelquefois instituer une hiérarchie des divers talents. On a eu tort de ne pas prendre au sérieux les divagations insensées dont est rempli le /otirna/deDetcurnelle. Cette Société fut, pendant plus de dix mois, et au beau moment de la Terreur, la. législatrice des arts, sinon par la force de la loi, au moins par l'autorité que les circonstances et la mode lui donnaient. C'est donc dans les procès-verbaux de la Société populaire et républicaine des arts qu'il faut chercher les r^les de Testhéiique révolutionnaire et ses principes de direction en matière de musées. Le Société déclara qu'elle était instituée pour « révolutionner » les arts. Aussitôt, elle voulut rompre violemment avec le passé, et un des premiers cris qu'elle poussa fut celui de proscription, un de ses prenûers moyens de gouvernement fut le tribunal révolutionnaire, appliqué aux œuvres d'ait. Dans une des premières séances, le 23 pluviôse an II ,
mêmes toos tous êtes donné Ténergie qai conTient, il est temps que je Tienne partager yos travaux ; je rentre dans votre sein avec joie et je viens m*unir à TOUS pour contribuer à donner aux arts l'impulsion convenable au plus grand intérêt de la République. » (Journal de Detoumelle, p. 351.}
i. Voyez notamment le Journal àe Detournelle^ p. 251.
2. Séalace du 26 germinal an JI. — Jacques Lebrun : « Gne société populaire et républicaine des arts ne cToit rien faire qui ne soit utilç au peuple et à sa régénération. Que peut une fleur, un pajsage sur les mœurs? Wicar appuie Topinant.
m Petit-Coupray : Je prétends que les peintres de fleurs sont utiles au commerce et que les manufactures en tirent un grand parti.
« Jacques Lebrun et d'autres disent : Qu'on les renvoie donc aux manufactures. » Detoumelle combattit ce préjugé. {Journal de la Société rép. des arts, p. 310.)
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« un membre, par digression, demande qu'on détruise tout ce qui, par sa médiocrité, propage le mauvais goût. Un autre s'oppose à cette mesure, observant que, pour peindre l'histoire , il est nécessaire d'être guidé dans les costumes et qu'on les retrouve dans les ouvrages même médiocres ; le premier répond que son intention n'est pas d'anéantir les antiques inférieurs, parce que l'on y reconnaît toujours uncaractère supérieur à tout ce que nous avons de moderne ; mais il demande qu'une liste de proscription soit ouverte pour toutes ces figures modernes que le bon goût réprouve*. »
Tout ce que réprouvait le bon goût républicain devait donc disparaître. Ce vœu n'eut pas besoin d'être traduit en loi pour être immédiatement exaucé. Quelques jours après, le 6 ventôse en II, le Conservatoire récemment nommé par David arrête que « le plus promptement possible ilfera ôter du Muséum les ouvrages qui ne sont pas dignes d'y figurer, mais que, par suite, il sera motivé par écrit les motifs qui ont déterminé le déplacement des tableaux qui ne doivent point rester au Muséum ; que ces motifs seront publiés, et que copie en sera remise au Comité d'instruction publique^. » Le lendemain, 7 ventôse an II, « un membre fait la motion que les pieds de table détestables qui portent de beaux marbres soient cachés par de la toile verte, afin que le goût du public ne soit pas g&té par la vue de semblables objets ^. » Cette motion, combattue par plusieurs membres, est ajournée. On y revint plus tard, et on supprima « les pieds désagréables ou baroques *. » Le même jour, dans
1. Séance de la Société républicaine des arts du 23 pluviôse an II. [Journal de Detournelle, p. 125.)