‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 65 sur 207 · Voici la fin du rapport (voyez la note 1 de la p. xci · texte numérisé non relu

Voici la fin du rapport (voyez la note 1 de la p. xci

« Je rappellerai ici ce que j'ai dit plus haut à Tégard des e^ihumations des cadavres. J'ai parlé de lalev^ du corps d'Henri iV à laquelle j'étois présent. La fraîcheur de ce corps étoit surprenante après 180 ans et plus de mort. J'ai eu le plaisir de toucher à ses restes aimables. Sa barbe, ses moustaches roussàtres étoient bien conservées. J'ai pris ses mains avec un certain respect dont je n'ai pu me défendre, quoique je fusse vrai républicain.

« Turenne, dont on a tant vanté la momie, est moins conservé; les formes sont plus applatties et la peau plus sèche et plus ridée ; cependant à travers cette masse informe, en ma qualité d'artiste, j*ai reconnu les masses de la figure, tandis que le premier rustre qui Auroit apperçu, dans sa vie, le buste ou le portrait de Henry placé sur le Pont-Neuf ou tailleurs Teût reconnu au milieu de mille cadavres, tant lès traits étoient peu altérés. On diroit que la putréfaction a eu peur d'approcher ses vertus héroïques et qu'elle a voulu le «conserver à la postérité, lorsque des mains profanes ont retiré du tombeau, séjour de la paix, les restes de notre Titus, pour les jeter et les traîner daus la boue.

a N. B, Je rappelle ici la phrase d'un monarchien dite en ma présence.

« Louis XIV a été trouvé assez sain, mais très-desséché et la peau collée sur ses os.

« Tout ce qui a été dit sur la mort de Louis XV m*invite à ne pas oublier de rapporter ici ce que j*ai vu lors de lexhumation de son corps. Lors de sa mort, en 1772 (erreur : Louis XV mourut en 1774), ses ennemis firent mille

INTRODUCTION. LXXXlX

Surplus des objets tart 4 conserver qui se trouvent dans la ci-devant abbaye de Saint-Denis, qui n'avoient point été réservés par la Commission des monumens et que f ai inventoriés le 24 brumaire j jour auquel je m'y transportai avec le citoyen Scellier^ marbrier de ladite Commission.

tt Sçavoir :

N* 1 . Le roi Jean, statue en marbre blanc.

N» 2. Philippe VI, idem.

N^ 3. Jeanne de Navarre, fille de Louis Huttin, idem.

N* 4. Jeanne de France, fille de Charles IV, idem ^

N* 6. Jeanne de Bourgogne, îdêm.

No 7. Philippe V, i(tem.

N^ 8. Charles IV, W«».

N® 9. Duchatel, pannetier defiharles VII. Cette figure est de

coDtes absardes. J'étois jeune alors et je me rappelle que le bruit courut dans Paris quelle prince, mort d'une petite yérole pourpreuse, jettoit au loin la peste, qu'il étoit impossible à tout homme d'en approcher sans ôlre asphyxié. On dit môme qu'il ne fut point embi^umô parce qu'il avoit occasioné la mort de deux chirurgiens qui l'ayoient approché. Eh bien ! ce cadavre infecte en 1772, exhumé en ma présence le* 40 octobre 1793 — ce qui fait- Ting:t ans d'enseTelJssement — a été trouvé Urès-conservé et la peau aussi fraîche .que sll venoit d'être inhumé. Sur ses remarques, j'observe en passant que là calomnie, la méchanceté des courtisans attaquoient les rois morts lorsqu'ils les flattoient de leur vivant. Je dirai plus, il ne se répandit aucune exhalaison à l'ouverture de ce tombeau, tandis qu'à celle d'Henri lY il s'évapora une exhalaison très-forte d'aromates. Leurs cerveaux avoient été vuidés et remplacés par de rétoupe.

« Â l'ouverture du tombeau de François I«', il se fit un écoulement considérable d'une liqueur noire et les os furent trouvés à nus.

« Dans la tembe de saint Louis on ne trouva que des os. Gela ne doit point surprendre, puisqu'il a été bouilli dans la Palestine où il mourut et que les os seuls vinrent en France.

« Dans ceux de Médicis, Henry second, etc., on trouva les os desséchés ainsi que ceux de Duchatel, pannetier && Charles VU, inhumé de ce côté de l'église et dont j'ai apporté un os du talon.

« J'ai remarqué que vers la partie gauche de ce temple placée au midi, où se trouvoient les tombeaux des Valois .et autres, les corps y étoient entièrement desséchés, tandis que vers le chœur, qui est la partie orientale où étoient placés les corps des Bourbons, les corps s'y étoient conservés avec plus de fraîcheur. On a trouvé les os de Dagobert, fondateur de l'abbaye en 638, dans son sarcophage.

« J'ai joui d'un spectacle très-extraordinaire ; c'est d'avoir passé en revue tous les rois de [la] monarchie. Quoiqu'ils fussent défigurés , cela est très* piquant. »

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