CXXXVI JOURNAL DE LENOIR
Pétri pfindpis Apostolorum et plasieurs autres inscriptions sur parchemin que nous n'avons pu déchiffrer. Ces vingt quatre paquets en contenaient beaucoup d'autres plus petits, renfermant de petites parties de terre qu'il n'est pas possible de décrire. Un de ces paquets, en forme de bourse, contient une tête en émail noir, de la grosseur d'une petite noix et d'une figure hideuse, dans laquelle est un papier contenant une partie d'ossemens; un autre paquet de toile blanche gomée, contenantles ossements d'un cadavre et une tète, sur laquelle il y avoit plusieurs dépôts de sel nitre ou plâtre crislalisé. Nous n'y avons pas trouvé les os du bassin; nous avons trouvé une bande de parchemin portaat ces mots : Hic jacet humatutn sanctœ corpus Genovefœ. Plus, un stilet de cuivre en forme de pèle d'un côté et pointu de l'autre; cet instrument servoit aux anciens à tracer sur des tablettes de cire. Cette châsse a été faite, en 706, par le ci-devant soit-disant saint Ëloi, orfèvre et évoque de Paris ; elle a été réparée ,en 1644, par Nicole, orfèvre de Paris. Il parait que c'est à cette époque que l'on a substitué des pierres fausses en place des fines qui "y étoient. Le corps de la châsse est de bois de chêne très-épais. Ëntr'autres choses fort extraordinaires et fort ridicules, nous a^vons remarqué sur cette châsse une agathe gravée en creux représentant Mutins àcœvola brûlant sa main pour la punir d'avoir manqué le tyran Porcenna; audessous est gravé : consîantia. Sur une*autre pierre, un vil Ganimède enlevé par l'aigle de Jupiter, pour servir de giton au maître des Dieux; et, sur d'autres pierres, des Vénus, des Amours, etc., et autres attributs de la Fable. Tous les ornements qui couvrent la châsse sont des placages d'argent doré tout minces. Ce procès-verbal sera inséré aux affiches, envoyé aux sociétés populaires et au Pape. Les ossements, les paquets et les guenilles ont été à l'instant brûlés sur la place de Grève *. »
Quel spectable ! La glorieuse dépouille de la patronne de 'Paris jetée au bûcher infamant de la place de Grève par quelques bandits travestis en officiers municipaux. Espérons que, par une peinture, les murs du Panthéon conserveront
1. Journal historique et politique, n» du 23 novembre lif93, compte reada de la léance de la CSommuue de Paris.
INTRODUCTION. GXXXVn
\ la postérité le souvenir de cette scène patriotique. Dans sa sereine et inviolable béatitude, dans la pieuse admiration de la France, sainte Geneviève n'avait pourtant pas besoin de la couronne de Jeanne d'Arci Voici des documents pour •compléter le tableau. La sainte n'avait pas été seule proscrite. Tout ce qui l'avait touchée devait périr avec elle. Il fallut que Lenoir arrachftt au feu, qui allait les consumer, les charmantes figures de bois sculptées par Germain Pilon pour supporter la châsse. Un membre de la Commission des monuments les avait condamnées ^
L'envoi, dans les départements, des commissaires de la Convention activa singulièrement l'anéantissement des objets d'art. Le proconsul Couthon rendait, en Auvergne, des décrets comme celui-ci :
a La municipalité de Riom nommera, dans le jour, quatre commissaires pris dans son sein, lesquels réunis à quatre autres commissaires de la Société populaire et quatre du Comité de surveillance, sont autorisés à se transporter dans les églises et dans les autres endroits où pourraient exister des images et statues de prétendus saints' ou saintes et tous autres signes indicatifs du cuite catholique, les enlèveront et en feront publiquement un auto-da-fé à la raison et à la philosophie. La Commission est autorisée, si elle le croit nécessaire, à requérir, dans ses opérations, la force armée à laquelle il est ordonné de déférer, quant à ce, à ses réquisitions. Les autorités constituées, la Société populaire et le Comité de surveillance veilleront, au surplus, à ce que l'arrêté des représentants du peuple du 24 (dumois dernier) soit promptement exécuté.
A Aigueperse, le 8 frimaire de l'an II de la République pne et indivisible.
« Le représentant du peuple,
« Aristide Couthon *. »
Par un arrêté du 16 frimaire, le district de Billom décida qu'il serait nommé un commissaire par municipalité « qui
1. Voyez, à Tappendice, la Notice de 1793,. réimprimée avec les notes de Lenoir, n« 13.