INTRODUCTION. CXXVII
9° Un camée représentât un lion terrassant ud taureau, de deux couleurs, neuf lignes de long;
10° Une coroaline représeotaut une tSte d'euranl, neuf lignes ;
11" Une tête de femme, agathe gravée en relief;
là* Une pierre, seule tète d'homme coiffée du bouDst phrygien ;
13° Une cornaline grarée en creux représentant l'Abondance ;
14° Une pierre verte en creux représentant une Minerve;
1S° Une cornaline en creux représentant un Mercure ;
16' Une pierre brune inconnue.
< Tous les objets ci-dessus pour être déposés ap Musée national.
H Et, à, l'égard des deux tableaux désignés par le procèsverbal du deux du présent mois, est arrêté que, lorsqu'ils seront enlevés, les citoyens commissaires enverront une décharge d'iceux.
« A encore été enlevé de la cbflsse de saint Théodore ce qui suit :
a Une agathe blanche, tête antique d'un empereur romain ; Trois petites pierres représentant un Amour; une tête de . femme et un mufle de lion.
« Dont et de tout ce que dessus a été dressé le présent procès-verbal, pour servir de décharge, qui a été signé par îesdits citoyens Sergent et Lemonnier, lesdits jour et an, dont acte.
■ Signé : Sergent. — Leuonhibb.
H Pour copie conforme,
« SOBET,
« Secrétaire adjoint > *.
Soyons juste cependant ; ce procès<verbal ne dit pas tout. II est vraisemblable que les deux commissaires ont encore désiré assurer au Musée de la République la possession d'un objet d'artj bien qu'il ne répondit pas à leurs goûts particuliers. Eu passant devant une sculpture de la cathé-
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drale leur cœur s'est ému. Ils ont oublié qu'un bas-relief, divisé en trois compartiments, représente des « sujets superstitieux » et n'est que le rétable d'un autel. Ih l'enlèvent et le font expédier d'office par la commune au Muséum *. Ils avaient compté sans le Conservatoire et sans la vanité, l'ignorance ou la pusillanimité de cet aréopogage. Loin des clubs leurs sentiments d'artistes avaient pris le dessus sur leurs passions de sectaires. Mais, à Paris, on était resté pur. Voici l'accueil qui fut fait à leur envoi. L'expression des sentiments qu'il inspira se trouve consignée au procès-verbal de ta séance du Conservatoire, tenue le 19 fioréal an IL
a La commune de Chartres ayant adressé au Conservatoire trois caisses contenant des bas-reliefs enlevés au temple de la Raison, le Conservatoire les a reçus et en a payé provisoirement le port, se réservant d'en former un mémoire particulier afin d'être remboursé par qui il appartiendra. En observant que les effets enlevés d'un temple supprimé devaient être envoyés aux Petits-Augustins, il arrête de plus que, lorsqu'il sera fait de semblables envois, ils seront renvoyés ou aux Petits-Augustins ou aux autres dépAts destinés pour recevoir 1er elTets eulevés chez les autres émigrés, u
Les trois bas-reliefs décorèrent d'abord ud magasin : on les jugea ensuite indignes de cet honneur ;
■ 14 Messidor (an II, nS4). — Uu membre propose et le Conservatoire arréie que, pour vuider d'autant ses magasins encombrés, on renvoie aux dépAts nationaux les objets ciaprès désignés qui ne méritent pas d'être exposés au Muséum des Arts. En vertu de cet arrêt, trois bas-reliefs en marbre
1. •On remarquait entre autroa, u dit LeQoir {Musée des taomanens français, t. II, i''* édition, p. I3i) en parlant des aculptur^a de François Marchand, B le contretahle de l'autel représeotanl lea mystères de la Paeslon divisés eu Iroie labienui, exécuta en albitre. Cet ouvrage a été eulevé de Chartres eu 1794 pour être pincé, a-t-on dit, au Mueée central, avec un tableau peint par Sibastii^a Bourdon, par un députe de la Convention en miseion k cette époque dans le département d'Eure-et-Loir, n Le bas-relief recueilli par Lenoir exista encore et doit te trouver à Saint-Denis.
INTRODUCTION. CZXIX
venus de Chartres, etc., vont Être portés anjoard'hai an Dé-W p6t de Nesle*. » /
Même spectacle ud peu plus loin, dans le département de l'Eure. Le château d'Anet devient propriété nationale et est vendu pour être démoli. 11 est inutile de rappeler en détail les merveilles qu'il renfermait. Le groupe de Diane sculpté par Jean'Goujon, qui surmontait une fontaine, est brisé afin que les acquéreurs puissent en retirer les tuyaux de cuivre dont il était rempli '. Le portail et sa fameuse horloge sont abattus. La Nymphe de Fontainebleau, commandée par François I" à Benvenuto Cellini et donnée par Benri II à Diane de Poitiers, est condamnée comme souvenir féodal. Un jurisconsulte, homme d'esprit, la sauve. « Â Anet, n dit Grégoire [Premier rapport sur le vandalisme du 14 fructidor an II, p. 9), « au milieu d'une pièce d'eau *, était un cerf en bronze d'un beau jet; on voulait le détruire sous prételte que la chasse était un droit féodal. On est parvenu à le conserver en prouvant que les cerfs de bronze n'étaient pas compris dans la loi. n On parlait sans doute d'en faire des canons quand, par bonheur, passe par là un brave. mUitaire revenant, avec des fourgons vides, de l'armée de l'Ouest. On a beaucoup calomnié les soldats de la République. Ils ont sauvé plus d'œuvres d'art qu'ils n'en détruisirent. Sans les convois militaires et la complaisance d'intelligents officiers, Lenoir, qui n'avait pas de fonds, n'aurait pu former son musée. L'inspecteur des relais militaires fait charger la Nymphe sur ses fourgons et ne la conduit pas à l'arsenal, mais au Muséum. Quel accueil va-t-on faire à ce soldat qui amène un trésor dont la France avait été si longtemps fière, un chef-d'œuvre si peu embarrassant, si
1. Procès-verbal de ta séance du Coaeervatoire du 14 messidor an II.
2. Vo^ei le Journal de Lenoir, n« 957, et le Mui. des Mon. fr., IV, 86.
3. Grégoire confond ici la place oii se trouTÛt la Dione de JeoD Gcngon aToe celle où la Nymphe de Foataioebleau avait été Siée.
CXXX JOURNAL DE LBNOIR
commodément divisé en seise pièces et qui ne demande qu'un coin et qu'un mur pour s'yappuyer?Le Muséum n'occupe pas enci^re de galerie au rez-de-chaussée, c'est vrai ; mais il a quelques magasins et possède une cour et un jardin décorés d'ignobles baraques, et exhibant, en lait d'objets d'arts, un arbre de la liberté. L'a place ne manque donc pas. Pour que le bronze trouve un asile digne de lui dans le musée de la Dation, tout dépend uniquement du jugement des membres du Conservatoire. La question n'est même pas compliquée de politique. Les suprêmes magistrats, qui s'étaient attribué la noble tâche de régénérer l'art, reçurent sans doute l'arrivant avec les égards dont il était digne, mais invitèrent le naïf et trop conâant ofûcier à porter son chargement à sa vraie place, c'est-à-dire à l'un des bureaux de vente de la Commission d'échange et d'aliénation. On lit sur le registre de Naigeon, conservateur du dépôt de Nesle :
t PiNTHiÈVB£(«c), ci-devant cb&leau d'Anette (<tc], «listrict de Dreux '.
a Reçu le 3 germinal l'an IL
B Renvoyé par le Conservatoire national au Dépét, sçavoir :
« Un cerr, une Diane dans le genre' de Germain Pilon (on a mis au-dessus, au crayon, Jean Goujon), figure [de] biisrelief colossal, quatre chiens, tête de sanglier, etc. ; le tout en bronze et composant seize pièces dont le cerf et quelques autres parties sont mutilées. Ces divers objets composoient une horloge qui étoit sur la jiorte du château d'Anneite (*ic), et le cerf frappait l'heure de son pied *.
« Nota : ces objets sont venus sous la conduite du citoyen Fierens, inspecteur en chef des relais militaires. »
. 11 fallut près de deus ans et demi pour faire revenir les successeurs de 'ces hommes de goût sur ce verdict. La
1. Le premier mol désigne le ci-devanl propriélairs; les moU auhants indiquent U proTensnce. *
2. Niigeoo n'avait psa bien compris le récit du citojen Fierens et confoudnit le bû-relief de Benvenulo Cellini avec le cerf de l'barloge d'Anel.
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INTRODUCTtON. CXXXl
Nymphe de Fontainebleau fut, en l'an V, tirée du dépôt de Nesle et fixée sur l'un des murs de la cour du Musée *. On a remarqué, sans doute, le procédé employéàChartres par Sergent pour enrichir le Muséum en matière de glyptique. Ce procédé consistait à retirer des châsses et des reliquaires les pierres gravées qu'ils pouvaient contenir avant de marteler et de fondre les pièces d'orfèvrerie. Cette ingénieuse méthode, inspirée par des hbmmes qui professaient une culte exclusif pour l'art antique, eut alors le plus grand succès. J'ignore si elle fut recommandée par l'administration. Mais d'autres villes n'attendirent même pas la visite du célèbre conventionnel et s'exécutèrent d'ellesmêmes. Il faut lire dans l'excellente Histoire de Troyes pendant la Révolution, de M. Â. Babeau ^ , dont toutes les assertions sont appuyées sur des documents authentiques , le navrant récit qui montre Rondot détruisant à lui seul toute l'orfèvrerie religieuse de sa ville. Un témoin peu suspect, Gambon, a déposé contre ces abus dans la séance de . la Convention du 12 brumaire an IIT.
« A trois époques différentes de la Révolution, » a-t-il dit. Il on s'est servi de l'argenterie des églises et, comme on n'a pu obtenir des comptes à cet égard, je ne doute pas qu'il jait eu la plus grande dilapidation, à la dernière surtout où, par suite d'un mouvement imprimé par une faction conspiratrice, on vint de tous les coins de la République offrir avec éclat, à
1. « séance du CanserTitoire du 6 ventûse an IV. — Le Consenatoioi détermlue que le bas-relief eu brome représentimt le Repùi de Diann, par Jean Goujon, tiré du eblteau d'Anet, sera placé dans la pelile cour du Muséum, sur le mur qui U eépare du jariiin du clloyen Vien. Il sera demandé an citoj ea Hubert de faire le dossier pour porter ce monument el l'arrêter dan^ celte place. »
> Séance du Couaenatoire du 19 brumaire »u V. — Le Coneen'atoire autsriae encore le citojen Picault à donner décharge, audit nom, des bromes prolenant d'Anet qui seroDl aussi retirés pour le Muséum, n
S. Tome II, p. 237 et 9uiv.
On lit dans le Journal historique et politique, n" do fl février 119* ; « ConvenUau naUonale. — Séance du 18 pluiidse. Les o^ndea ciriques abondent de tous côtés Bur l'aulel de la Patrie. La Société populaire de IVoyes apporte ',794 marcs en or, argent et galons, et 13,461 llTras de cuivre, u
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la barre de la Conyention, l'argenterie et les ornements des églises; et, comme aucun ordre n'était établi soit pour extraire cette argenterie des églises, soit pour le transport, on n'a pas manqué d'en détourner beaucoup ', n etc., etc.
Voici, d'après des comptes rendus des séances de la ConveatioD, quelques-uns des principaux envois d'orfèvrerie :
a 9* jour du deuxième mois de l'an II. — Les administrateurs du district de Provins envoyent à la Monnaye 1,197 marcs d'argenterie. Les Sans-Culottes de Bordeaux envoyent unech&ssed'argentdoré;ellecontenaitles os d'un saint, etc.*. o
(1 14 brumaire anil. ^Soixantevoitureschargées de plomb et autres métaux arrivent d'Etampes. Elles portent aussi du numéraire et un reliquaire d'une grandeur colossale. Ce reliquaire logeoit un saint d'argent qu'on soupçonne s'être réfugié dans une commuqe avec des chandeliers qui l'environnaient; ils sont aussi d'argent massif. Couturier écrit qu'on est en quête du saint et de sa. suite ^. » Etc.
a La commune de Henecy, district de Corbeil, vient apporter tons les ornements de son église. Elle ne veut plus de curé ; elle demande la vente du presbytère; que l'église serve aux séances de la Société populaire et que les figures de saint Pierre et de saint Denis soient remplacées par les bustes de Marat et de Lepelletier *. n '
<i 19 brumaire. — Onze cent quatorze marcs d'argenterie tirés des églises de Meaux, telle est l'offrande patriotique par laquelle s'ouvre la séance du jour. Plusieurs communes imitent cet exemple ^. o
t 21 brumaire. — La superstition a disparu d'Auxerre ; les prêtres y renoncent à leur métier; les églises sont des hôpitaux militaires; l'argenterie, qui y était, s'envoie à Paris, ainsi que celle de Rhcims et autres communes *, »
a 36 brumaire ail IL — Les communes fom offrande de l'ai^enterie de leurs églises. Il est décrété qu'elles feront l'in-