v Psrii, IS vendémiaire an VI de la BépubUqua
H Le Direcleur général de l'InEtrudJon publique à l'tdmitiiMntioa du- Musée ceatral des Arts. — CitajeuB, le Ministre de> Finimcea vient d'écrire an HiniBtra de l'intérieur pour lui soumettre U proposition qu'il vous a faite de Tendre U partie d'argenlerie d^gtise dont vous êtes dépositaires, aGn d'en appliquer le produit aui beioini preesans du Musée. Aiaul de présenter cette aDaire à l'approbalioa du Ministre de l'Intérieur, je désire connaître la Dature et la valeur des objeli que tous proposez de vendre. — Ginguené. b
■ Paris, le 27 prairial an VI de la République françoise.,
« Le Miniilre de l'Intérieur aui administrateurs du Musée central des Arts. — Citoyens, le Ministre des Finances vient de me prévenir que la venl« des objets déposés au Mniénm et que vous m'avez présentés comme inutiles k rinitruclion publique sa fera Iris-promptemenl dans une des salles du Uusée, par le citoyen Sïcard, en présence du citoyon Delafosse, que j'ai nommé pour la sarveiller. Dès que la vente sera tenninée, le prodait en sera versé à la Trésorerie nationale, déduction hite des frais, et le Ministre des Finances proposera alors au Directoire d'en comprendre le montant dans mes distributions décadaires pour que je l'ordonnance au profit de l'élablissemenl oonBé à Tùi soins. Vous vaudrez bien fournir au citoyen Lafosse un état cerUflé par TOUS des olijetB i vsndre afin qu'il pnisse me rendre éomple de tous ceux qui auront été vendus.
■ Salut et fraternité. « LETomiHEDX. »
« Les objets ont été vendus Si.OSS fr. 25. La prisée éloit de 1S,{Z7 fr. — Le bonni a été de 16,255 fr. 25. e
Les objets vendus n'étaient pas sans valeur d'art. En voici la preuve ;
« 25 messidor an VL — Le Conseil arrête qu'on joindra, à la vente qui se fut des olyeta inutiles i l'instruction, deux cabinets garnis de bronze et
colonnes torses, ouvrage de Boule, provenant de l'émigré et apportés du
dépét de Nesle.
■ Ls Ministre de l'Intérieur prévient l'Admimslration que le direcleur de la
INTRODTICTrON. CLV
Étaient-ce des juges compétents que ces amateurs de pendules, alors même que leurs passions de sectaires ne les aveuglaient pas? Certainement l'art du moyen &ge, delà Renaissance et des temps moderne* aurait difficilement trouvé des ennemis plus dangereus que les fonctionnaires chargés par le gouvernement d'être ses tuteurs officiels.
Inutile d'insister davantage. Les exemples cités sont suffisants. En face du danger, en 179i, 1792, 1793, 1794, Lenoir n'eut ni imitateurs ni concurrents ; il n'eut à combattre que le vandalisme brutal de la foule. A partir de 179S, et dès le retour des temps plus calmes, il eut à compter avec bien d'autres adversaires. On ne brisaitplus les monuments, mais on chercha, par tous les moyens possibles, à détruire la collection qu'il avait réunie *.
Lenoir ne faisait partie d'aucune Commission, ni de la Commissioh des monuments, ni de celle qui la remplaça^ la Commission temporaire des arts. Il avait souhaité — et personne plus que lui n'y était préparé — entrer dans la Commission organisatrice du Muséum. Quel bien un lel homme, avec les ressources dont il eût pu disposer, aurait-il accompli au Ijouvre ! Mais il en fut écarté par l'influence des personnages importants qui avaient craint, sans doute,
Monnoye doit venir eiamiDer la partie d'argenterie qoi doit être eiposéo en Tenu et en séparer lee objets qu'il aeroit moins avantag«ui de vendre que d'envoyer directemeal au creuset.
• Le citojen Fanbert informe le Conieil que ce citoyen s'est en effet présenté ce malin et qu'avec lui il n Été eiSiminer les pièces d'srgenterle compriaes dans t'état de vente. Ce citoyen a reconnu que le petit nombre Ae ces objets pon- ToU, k la vente, par le travail et les relief dont ils sont décorés, rapporter davantage que de les fondre. » (Procès^verbal de la séance du Cooservatoire.)
1. Lenoir a fait allosion i aet envieui dans l'avanUpropos de l'édi^on de l'an V[II de la Description hiitorique et chronologique du Musée des moratmsTis français.
CLTI JOURNAL DE LENOIR
d'associer à leur iaertie l'activité, le zèle et l'enthousiasme d'un jeune homme. Ils avaient préféré le maintenir en sous< ordre pour le mieux exploiter. Lenoir leur en témoigna son déplaisir en ne facilitant pas l'installadon précipitée du Muséum. Ses résistances bien légitimes à livrer leâ objets qu'il avait si péniblement conquis, ne lui furent jamais pardonnéea. L^ différentes administrations, qui se succédèrent à la tète du Musée central, affectèrent vis-à-vis de I*noir un dédain et une insolence véritablement regrettables '.
Une fois les clubs fermés après le 9 thermidor, et les déclamations passées de mode, le Conservatoire revint à sa besogne. Il fallait bien avoir l'air de laire quelque chose, et, la politique cessant d'être nue carrière, on dut reprendre son métier. Le Conservatoire sembla se réveiller. D s'aperçut, à la fin de l'an II et au commencement de l'an III, que la sculpture valait la peine qu'on s'en [occup&t ^. Depuis trois
1. En Toici dm preuTe t Procés-verbai dt la Honee du S germinal an II. — ■On bit Iwture d'une lettre du citojen Lenoir, garde du dépAt dei PeUta- Auguglins, qui ftdt part de l'arrâti du Comité d'inatruction publique. Le . Conierratôire paage à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il ne connaît que le Comité d'inatruction publique, a Cf. k noie du u» 73 du Jmirjuit de Lenoir.
2. ■ 3 fructidor an IL — Il eat propoaé de placer, aux deni cdUs de la porte da Muséum, lea deux statues de Uichel-Ange, provenant de ta maison Ricbelien. Cette propo«tien aat adoptée. Le Coneervatoire s'adressera au Comité d'instruction publique pour en obtenir les mojens de faire venir au Hnïéam les statues et autres objeta utiles à son embelUsseneot. On arrête, par aneadément, qne le Conservatoire demandera i faire eboii d'un groupe de Laoeoon parmi tes deai bronies connus et moulés d'après l'antique. >
« Septtdi fructidor an U. — Le Conservatoire se tranepoitera en. masse à la salle des Antiques pour ; visiter les restaurations et mettre en réquisition ce qui aéra convenable à l'embeltissemeat du Muséum. •
s Nonidi fructidor an II. — On (ait lecture d'une liste d'olyeta choisis dans ta salle des Antiques. Il est arrêté que te citoyen Dupasquier verra loua ces olyeta avant de prendre aucun parti. Le Conservatoire arrête quil met en réquiaition les deux figures de brome, le Gladiateur et la Diane, pour être transportées au Muséum, et que copie de l'arrêté du procès-verbal sera donnée au dtoyeu Boucault. ■
■ Nonidi frucUdor an 11. — Le Conservatoire arrête ^e les bases dn rapport i faire an Comité d'instruction publique seront que les plus^)eaui ouvrages de iculpture doivent être conservés dans lenr état de vétusté; que, pour les ouvrages d'un second ordre, 9 sera nommé un jury qui déterminera les figures i restaurer et les artistes restaurateurs ctioisis au concours cocformé-
INTHODDCnON. CLVn
ans on détruisait et luî-m6me faisait détraire, mais le vent avaitchangé. Des hommes courageux avaient sauvé beaucoup de débris. Il ne s'agissait plus que de les dépouiller et de s'attribuer le bénéfice db sauvetage. D'ailleurs quel bonbeur, un triage nouveau & faire I Le Conservatoire avait été renouvelé, mais l'esprit qui régnait au [/)uvre était toujours le même. Les nouveaux hommes dégoût passaient dans les dépdts où chaque jour on vendait & force, et cueillaient, parmi ce qui restait, quelques fleurs en courant '. Ces amateurs chassaient en réserve, et, quand le gibier était rabattu, ne tiraient que sur les pièces dignes de leurs coups. Lorsque les membres du Conservatoire entrèrent en lice, ils y trouvèrent de redoutables concurrents. C'étaient les fournisseurs de la République qui se payaient en nature * et les acquéreurs des ventes .quotidiennes, qui souvent avaient fait un choix avant les représentants de l'État '. Le dépôt de rhdtel de Nesle était déjà écrémé; on ne cessa d'y vendre .j jusqu'en l'an VIL L'histoire de ces ventes réclamerait un { long développement. Pour ne parler que du dépôt de Lenoir, voici l'indication des principales saignées qu'il avait subies.
ment au décret de li. Convention nationale. Les diojens Varon et Dupasquier sont chargés de fure ce rapport, a
a 9 fructidor. — Le Conseriatoire arrête que le cito;fen Varon est aatariBé à faire Iraoaporter au Muséum les abjeU d'antlqulU [contenus] dane le dépât de Sulpice, en en donnant décharge à qui de droit, s
Le 13 frucUdor an II, on décide que la grande fontaine île Saint-Denis sera apportée à Paris.
i. a 17 -venlAse an IIL — Le Cbnservatoire coniùdérant que le Ifuséum national des Arts est suece])Uble d'avoir dans peu lea localités nécessaires 1 son agrandissement et qu'il eat urgent de faire choii des objets d'arts qui sont dans les divers (jépdts de la République, mais, pour éviter de les accumuler dans la grande galerie du Muséumi il arrête qu'il ae transportera sans délai dans le dépAt de la rue de Beaune et des AugnsUna i l'effet d'apposer son cachet sur les objets propres à figurer au Muséum et qu'il sera lait état desdlts objets dont copie sera laissée au conservateur desdits dépAts. ■
Une première délibération dans le même sens, mais non suivie d'effet, avut eu lieu le 19 pluviAse an III.
2. Archives de la France ptndattt la Réuolulion, édit. in-13, pp. SSS Bt256.
3. Sculptarea de Gérard Van Obstal, Paris, 1816, io-S*, p. 10.
CLTin JOURNAL DE LENOtR.
Une première vente, commencée en juillet {791, dura plus de huit mole *. On ne laissa aui Pelits-Augustins que les iableauz etlessculptures. En frimaire an H, nouvellevente, en présence des commissaires du département, du mobilier des églises supprimées '. Lenoir y acheta un coffret gothique et deux vieilles mitres ^. Une troisième vente, dirigée par lés commissaires Turet, Sauvage Qt Dreys, dura du 11 nivôse an n au K germinal '. La quatrième commença le 9 frimaire an III ". La dernière eut lieu le 17 nivûse an VI ■. On voit, dans la Notice historique des monuments des arts réunis au dépôt national, rue des Petits-Augusttns, parue en 1795, quels sont les objets choisis par le Conservatoire du Muséum. Lenoir les a fait précéder d'un astérisque. On y remarque la statue de l'amiral Chabot (n" iâ); les trois Gr&ces de Germain Pilon (n'>245); les quatre Vertus en bronze du tombeau de Henri II (n' 34) arrachées par Lenoir au creuset de l'arsenal, et les quatre figures du monument de Henri de Bourbon-Condé (n* 124} sauvées de même, au péril de ses jours, par le conservateur du Musée des monuments français. L'audace et la tardive activité du Conservatoire allèrent un jour jusqu'à réclamer les vitraux peints recueillis par I>enoir, avant d'avoir songé ans conditions de lumière et d'exposition exigées par ces œuvres d'art '.
1. « Nota. La Tente établie ao dApAl, ea Tertu Aa présent arrilé <it s'agit d'un arrêté du bareau de la liquidatïoa ds l'admEniEtralion des biens nationaai CFClésiaetiqueB, en date du 2s juillet 4191)) a duré plue de huit mois; laul y a éli Tendu, excepté les tableaux et les iculplures. Les procèa-Terbaui des lentea faites tous les jeun et eignËg tous le9 eoirs ont opéré ma décharge. » (Noie iuédilade Lenoir.)