INTRODUCTION. XVII
vite. Peut-être parviendrai-je, un jour, h consacrer h ce bienraiteur de l'humanité une étude biographique étendue et les éloges dont il est digne. Je montrerai alors, en détail, ce qu'a fait ce rude travailleur qui, presque seul, lutta contre la fureur inintelligente de la populace et contre la vaoiteuse ignorance, mille fois plus dangereuse, des plus éminents de ses contemporains. Provisoirement, je,ne veux pas altérer, par.une esquisse trop rapide et nécessairement insuffisante, une aussi grande ûgure historique. Donc, en altendant qu'on me fournisse une toile et un cadre à la taille du modèle, îe laisserai au simple récit du Journal le soin de peindre la conduite de Lenoir, et je consacrerai mon attenUon, dans cette préface, à extraire du document imprimé ci-après quelques-uns des nombreux enseignements qu'il contient.
Il y a une étole de publicisles qui représente la Révolution comme ayant généreusement doté la France d'un Musée nouveau * , comme ayant spécialement fondé les collections de sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes. Une légende s'est déjà formée, ^ans doute la Révolution a chassé l'art fran(;ais des églises, des palais, des châleaux ; en mobilisant subitement de nombreux ouvrages d'art, elle a mis partout en circulation des éléments capables de former des musées; elle a renversé tant de monupients 1 Mais elle n'en a jamais, comme on le prétend , recueilli pieusement la poussière. On discutera longtemps encore. sur le vandalisme révolutionnaire. On
1. C'est la thèse Bouteuue habitueltemenl, et eiposée en dernier lieu pur Eugène Despois, dsas.Bon livre intitulé r Le Vandalisme Tévolutionnatre, fottdalions titteraires, scieittifiques et arlisliques de la Convention.
xvrii JouitNAL de: lenoir.
dissertera théoriquement à perte de vue. On alléguera des deux côtés des preuves qui, dans une certaine mesure, s'annuleront réciproquement. On a déjà produit bien des textes établissant que la Révolution a voulu détruire ; c'était au moinB inutile, en face de l'évidence des Taits. On a publié , d'autre part, des documents beaucoup plus rares, mais non moins formele, montrant les hommes les pluâ avancés de 1793 animés ) dons certains cas spéciaus^ de sentiments êonservateurs à l'égard de l'art *. On en produira d'autres encore, c&T on peut hardiment affirmer qu!il en existe. 11 est bien certain qu'un gouvernement, quel qu'il soit, est quelquefois obligé de modérer le zèle de ses agents, et que des préoccupations d'art peuvent se glisser partout. Peu nous importe, après tout, de connaître quelles ont été les intentions platoniques des législateurs. Ce qu'il faut examiner, c'est si la Convention, après avoir commis la faute de déchaîner la populace, a eu la force de la museler. Il importe seulement de savoir si, en fait, la Révolution a, oui ou non, mis l'art français en péril. Or, à l'aide du Journal de Lenoir, nous pouvons répondre d'une façon péremptoire à cette question . Il faut tout d'abord distinguer les époques. Sur la grande
1. Je n'éprouva sucuae espèce de «ympalbïe pour hs sinistres perzonnagea qui composèrent la Comité da salut public, rnnie je leur dois k lérilé comme «ui autfw. Voici un dee teilei les piuB importants allégués eu leur faïeur ; « Collot-d'Herbois et Billaud-Varenne, membres du Comité de aakt public, au dtojen Pugiienot, commiitiaîre de la section du Panthéon ; 3 noyembre 1793> — Toui lei cuivres Inutiles qui se trouvent dans les éf lises et dans les collèges de Paris et qui peuvent servir à la fabrication des canons doivent être envoyés à l'arsenal j mais il est à remarquer que, p&rmi les monuments ea cuivre qui se trouvent dans les églises de Paris, il en est qui sont de vérilables cbefad'ceuvre de l'art. 11 faut donc, avant de les foire enlever, eianiner s'ils Le doivent pas Être conservés i la postérité et, dans le cas d'un doute à cet égard, prévenir le Comité d'instruction publique, ii (Inventaire des autographes et dei document! historiques composant la collection de M. BcTijamin FiUott, 1877, Séries I et U, p. 42, d" 166.)
Il n'est pas jusqu'aui hommes les plus coupables ou les plut compromis, Comme Sergent, qui ne puissent invoquer à leur décharge^ en manière de éircoDslance atténuante, Û fidt d'avoir pris quelquefois la défense de l'art i la Convention,
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