‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 86 sur 124 · STATUES · texte numérisé non relu

STATUES

L'Apollon, bronze de la grandeur de l'orignal. La Diane, bronze de la grandeur de l'orignal. La statue de Zenon, marbre, copie de l'antique. Le petit Apolline, marbre, copie de l'antique.

Le faune Auteur, marbre, copie de l'antique.

Une statue en marbre, représentant un chasseur, copie de l'antique.

Une statue représentant Mars, production de l'école florentine. Elle avait été extraite de Versailles.

Voici les objets qui furent envoyés à la Mairaaison par le conservateur du Musée des Monuments français sur l'invitation du ministre de Tintérieur :

Le 6 germinal an IX, le ministre autorise la remise des objets ci-après pour la décoration du château de la Malmaison , savoir :

1° Une statue en marbre, représentant Vénus, venant de Sceaux ;

2° Une statue en marbre, représentant Méléagre, venant du même lieu ;

3° Autre statue en marbre, représentant Diane, venant du palais des Cinq-Cents et orginaireraent de Marly ;

4° Autre statue en marbre, représentant Flore, venant du même lieu;

50 Autre statue en marbre, représentant Gérés, venant du même lieu;

6" Autre statue en marbre, représentant Pomone, du même lieu ;

7° Autre'statue en marbre, venant du même lieu ;

8" Autre statue en marbre, représentant une nymphe, du même lieu;

9° Autre statue en marbre, représentant un Bacchus, d'après Michel-Ange, venant du même lieu ;

10° Autre statue en marbre, représentant un Berger, venant du même lieu ;

H° Deux grands vases en marbre blanc, venant de Sceaux;

12° Quatre bustes d'après l'antique, avec des fûts de colonne en marbre noir, faits au Musée ;

13° Quatre autres bustes, aussi en marbre blanc, venant de Sceaux; plus, un gros fût de colonne en marbre noir ;

14° Deux colonnes de 12 pieds en brèche violette, pour la décoration de la serre, provenant de Magny ;

13° Deux têtes de philosophes, en bronze, provenant de Saint- Germain-des-Prés ; plus, deux fûts de colonne en marbre noir;

IG" Un buste en marbre blanc, copie de l'antique, venant de la salle des Antiques ;

17° Autre buste en marbre blanc, posé sur un socle rond de marbre noir, venant de la salle des Antiques ;

18° Un bas-relief en marbre blanc, représentant la Mélancolie, par Girardon, venant de Saint-André-des-Arcs;

19° Un bas-relief du premier style grec, encadré en marbre, venant de la salle des Antiques, au Louvre;

20° Une statue de grandeur naturelle, en terre cuite, représentant un capucin, par Germain Pilon, provenant des Grands-Augustins;

21° Six tètes colossales en marbre blanc, représentant des empereurs romains, provenant de la salle des Antiques ;

22° Un groupe en albâtre représentant sainte Anne montrant à lire à la sainte Vierge, venant d'Écouen ;

23° Une statue colossale en marbre blanc, représentant Neptune, par Pujet, achetée à M. Donjeux;

24° Une statue colossale en marbre, représentant une nymphe, achetée au même ;

25° Une statue colossale en marbre, représentant une Diane, attribuée à Goujon, achetée à M. Donjeux;

26° L'Amour prêt à lancer un trait, en marbre blanc, par Tassaërt, posé sur un piédestal circulaire en marbre blanc orné de guirlandes de fleurs ; le tout provenant de la commune de Sceaux, où il avait été déposé ;

27° Deux colonnes de marbre blanc, pour la chapelle ;

28° Deux colonnes en marbre grand antique, provenant des Feuillants et restaurées au Musée ;

29° Deux autres colonnes en granit gris, venant de Sainte-Geneviève ;

30° Huit colonnes de marbre rance, qui soutiennent le temple qui orne le parc, provenant de plusieurs éghses de Paris ; plus, le pavé en marbre dudit temple ^ .

Mais Alexandre Lenoir ne borna pas à cet apport la part qu'il prit à la décoration du château de la Malraaison. Il nous a fait connaître, dans un curieux article du Dictionnaire de la conversation^ les autres monuments dont il embellit le séjour favori de l'impératrice Joséphine, en

1. Cette énumération des objets portés à la Malniaison forme l'article 1062 du Journal de Lenoir.

même temps qu'il fournit de nouveaux renseignements sur les pièces que nous avons déjà énumérées :

M"^ Bonaparte, qui aimoit et savoit la botanique, fit construire dans le parc une serre vaste et magnifique, dont M. Thibaut, membre de l'Institut, fut l'architecte. Outre la partie où se trouvoient les plantes exotiques les plus rares, au centre étoit un salon vaste décoré à l'antique, d'un excellent goût, ayant une ouverture ornée de deux belles colonnes de marbre, brèche violette de 12 pieds avec chapiteau et bases dorés, que j'avois procurées à cette noble dame, qui me nomma le conservateur honoraire de ses antiquités. Son amitié pour moi m'étoit précieuse et datoit de plusieurs années. Pendant le séjour de son mari en Italie, elle reçut du roi de Naples une collection choisie de vases grecs peints et une suite de bronzes antiques provenant des découvertes faites à Herculanum et à Pompéïa. Au nombre de ces antiques remarquables sont dix tableaux grecs peints sur un enduit de ciment recouvert de stuc, représentant les neuf muses et Apollon Musagète. Ces antiques précieuses, publiées dans le voyage de Naples de l'abbé de Saint-Non, sont aujourd'hui au musée du Louvre. Devant les serres, on trouvoit une fontaine construite avec une colonne de granit antique de quatorze pieds de haut que je transportai de Metz'; elle supportoit un vase antique en porphyre de grande dimension. Le parc fut planté et distribué de nouveau sur les plans de M. Bertault, architecte en vogue pour ce genre de travaux. Il imagina des percés nouveaux et ingénieux qui rendirent la vue du château plus agréable ; mais, le nivellement des eaux ayant été mal calculé, elles couloient péniblement. C'est sur cette rivière, qui serpentoit dans le parc et arrivoit près du château, que l'on voyoit se promener deux cignes noirs. Sur

1. J'ai retrouvé, dans la correspondance de Lenoir, un passage qui a trait à cette pièce

« Paris, le 2 juillet 1807.

« Alexandre Lenoir au ministre de l'intérieur.

« Sa Majesté l'impératrice, que j'ai eu l'honneur de voir ce matin, m'a

prévenu que M. de Vaublanc, préfet de la Moselle, se faisoit un plaisir de lui offrir les cinq colonnes de granit antique qui sont abandonnées et éparses dans la ville de Metz ; c'est-à-dire deux sur la place de l'Archevêché et trois et une moitié sur la berge du rempart, près la porte Saint-Thibault. Sa Majesté me charge de les faire transporter avec le monument dont j'ai l'honneur de vous entretenir, etc. (il s'agit de l'autel fculpté des Grands-Carmes.)

« Lenoir. »

un rocher d'où l'eau paroissoit sortir, je fis construire huit colonnes ioniques de marhre rouge de huit pieds de haut, l'une et l'autre provenant du musée des Petits-Augustins. Je procurai aussi un Saint François en habit de capucin, par Germain Pilon *, pour être placé dans une grotte, ainsi qu'un bas-relief funéraire, sculpté en marbre par Girardon*, afin qu'il y eût dans le parc un tombeau suivant l'ordonnance d'un jardin anglois. Ce n'est pas tout, une grande pièce dessinée en formée de miroir étoit au sommet d'une colline à la gauche du parc. Je l'ornai de deux colonnes rostrales de quatorze pieds, sculptées, en marbre sérancolin, provenant du château de Richelieu en Poitou 3; au centre je

1. Cette statue de terre cuite a disparu. Un marbre représentanlle même sujet se trouve aujourd'hui dans l'église Saint-François, car il exista à la fois un marbre et une terre cuite de cette sculpture. On lit en effet dans la Notice historique des Moiiumens des arts réunis au dépôt national des Petits-Augustins, l'an IVe de la République : « N° 292. — Grands- Augustins . — Saint François dans l'attitude de recevoir les stygmates, terre cuite de grandeur naturelle, par Germain Pilon. On voit ce modèle exécuté en marbre dans la salle des Antiques, au Louvre. »

2. Ce bas-relief provenait du tombeau de Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, élevé dans l'église Saint-André-des-Arcs. 11 consiste, dit le Dictionnaire de Hurtault et Magny, « en une belle ligure de marbre blanc à demibosse et accompagnée des attributs qui désignent la Foi, l'Espérance et la Charité.. , Les ornemens de ce tombeau sont aussi de marbre blanc, à la réserve d'une urne qui en fait l'amortissement, et de quelques festons de bronze doré ; le tout du dessin et ciseau du fameux Girardon. » Le bas-relief portait au musée des Monuments français le numéro 193, jusque dans l'édition du catalogue de 1806 : on l'appelait le « Monument de la Mélancolie ». Il fut alors demandé par Joséphine, comme il résulte de ce billet :

« Le chambellan de service près S. M. l'impératrice a l'honneur de prévenir Monsieur Lenoir que S. M. désire qu'il apporte lundy, à la Malmaison, le petit monument de la Mélancolie.

« A Malmaison, ce 2 avril 1807. »

Qu'est devenu ce marbre? 11 est probablement resté dans une des petites propriétés qui furent taillées daus le parc de Malmaison, et il est vraisemblable qu'on le retrouve aujourd'hui momentanément exposé dans les salles du musée des arts décoratifs, au palais de l'Industrie, après modification des attributs.

3. Voici un extrait de la lettre de Lenoir, dans laquelle il sollicita l'acquisition de ce monument : « Paris, le 31 décembre 1806. — Lenoir au ministre de l'intérieur. — Monseigneur, conformément à vos intentions, je me suis rendu au château de Richelieu, situé dans le département d'Indre-et-Loire, pour l'examiner et vous rendre compte de son état actuel. J'ai, en conséquence, l'honneur de vous soumettre les détails ci-joints sur ce beau monument, ainsi que sur la manière d'utiliser avantageusement les objets d'art qui y sont maintenant à vendre. Excellence, parmi ces objets précieux, j'en ai remarqué plusieurs que je vous demande pour le musée que je dirige et dont voici la

plaçai une statue colossale de Neptune, par Puget, achetée à la vente de l'amateur Donjeux *. Je fis venir de Metz la façade d'une chapelle gothique des Grands-Carmes, de trente-six pieds de haut,

note : 1» deux obélisques en marbre de Givet^, d'une très belle proportion, portant chacun 14 pieds de haut posés sur des boules de cuivre et sur des bases ou piédestaux massifs de même marbre ornés de leurs bases et de leurs corniches ; 2° deux colonnes rostrales en marbre serancolin, de la même proportion, d'un charmant style et d'un dessin gracieux, ornées chacune de six proues de vaisseaux prises dans la même masse et d'ancres enlacées de rubans, parfaitement sculptées; 3" quarante-deux mascarons servant de consoles, très bien sculptées, propres à supporter des bustes.

« Monseigneur, les objets ci-dessus détaillés, que j'ai l'honneur de vous demander pour le musée des Monumens français, n'excéderont pas, y compris le transport à Paris, la somme de dix-huit cens francs. Celte somme, pour le tout, est arrêtée avec les propriétaires, si vous me l'accordez.

« Salut et respect. « Lenoir. »

On sait tout ce que Richelieu a fait pour la marine française ; il n'y a donc pas à s'étonner de rencontrer dans son château, sous forme de colonnes rostrales, une allusion figurée à ses fameuses ordonnances. Notre confrère, M. Guillaume, m'a fait remarquer que le même emblème se retrouvait dans le Palais-Cardinal et se montre encore aujourd'hui, au Palais-Royal, dans la galerie des Proues. Ces colonnes rostrales décoraient la porte principale du château du côté de l'extérieur. On les voit gravées dans deux planches du Magnifique château de Richelieu en général et en particulier, etc., gravé et réduit au petit pied par Jean Marot, in-4'' oblong. Les deux pyramides en marbre violet étaient placées sur la même porte du côté de la cour intérieure.

1. On lit dans le Catalogue des objets précieux trouvés après le décès du citoyen Vincent Donjeux, ancien négociant de tableaux et curiosités, par les citoyens Lebrun et Paillet, 29 avril 1793, p. 129 : « N° 490. Une grande figure de Neptune en marbre blanc, de l'école de Girardon, de forte proportion. Elle sera vendue à la campagne. » (îette figure, en effet, décorait le parc de la belle maison de campagne possédée par Donjeux au Grand-Gentilly. Le fils de ce célèbre marchand avait apparemment racheté un grand nombre des œuvres d'art de son père. Mais, par suite des événements de la Révolution, il tomba dans la plus grande misère, et, en germinal an IX, il offrit de vendre au gouvernement quelques statues. Voici celles qui turent achetées par Chaptal, sur la proposition de Lenoir, ainsi qu'il résulte d'une lettre de sa correspondance : «Paris, 14 germinal an IX de la République. « Le ministre de l'intérieur au citoyen Lenoir.

0 J'ai reçu, citoyen, la lettre par laquelle vous annoncez que, parmi les statues que le citoyen Donjeux offre de céder au gouvernement, vous avez remarqué une figure de Neptune exécutée par Puget, une Flore assise, par Pigal, et une Diane chasseresse que vous croyez d'un sculpteur de l'école de Jean Goujon. L'évaluation que vous en faites me parait modérée, et, puisqu'elles sont dignes d'entrer dans le Musée des Monumens français, je vous autorise à proposer 1500 francs au citoyen Donjeux, etc. — Je vous salue. Chaptal. »

Dès l'an X, les trois statues furent exposées au Musée des Petits-Augustins : le Neptune sous le numéro 313, avec cette indication nouvelle, « qu'elle ornoit autrefois une des pièces d'eau du château de Sceaux »; la Diane chasseresse,

sculptée à jour et d'une légèreté extraordinaire' ; elle devoit être placée sur le penchant d'une autre colline légèrement boisée, située près du château. Elle auroit été vue de la bibliothèque. Pendant le séjour du général Bonaparte en Egypte, je fis placer à la porte du château donnant sur le parc et en tète du pont-levis, deux obélisques de quatorze pieds, en marbre rouge de Givet, ornés d'hiéroglyphes dorés, que je m'étois procurés du château de Richelieu, où ils me furent vendus avec d'autres antiquités par M. Boutron, qui en est encore le propriétaire. C'est une surprise que M"° Bonaparte et moi avions l'intention de procurer au général à son retour en France 2, Le château de la Malmaison n'éprouva aucun changement dans sa construction; l'intérieur, seul, fut restauré. La façade extérieure donnant sur la cour fut décorée d'une suite de statues en marbre, d'après l'antique, venant de la destruction de Marly, vendues, ainsi que le château, à un nommé Audrianne.J'ornai le péristyle et l'antichambre de bustes en marbre et en bronze... 3.

sous le numéro 543, attribuée à Jean Goujon ; la figure, de Pigalle, sous le numéro 493, avec cette description supplémentaire : Une statue en marbre blanc, représentant une Nymphe assise dans l'attitude de retirer une épine de son pied. »

1. Voyez, sur les curieuses vicissitudes subies par ce monument, la Notice sur les Grands Carmes de Metz et sur leur célèbre autel, par M. E. de Bouteiller, Metz, 1860, p. 38 à 44. 11 a été gravé par les soins de Lenoir. C'est en 1807 qu'eut lieu le transport de l'autel des Carmes :

« Paris, le 9 juin 1807.

« Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des Monumens françois, à son Excellence le ministre de l'intérieur.

« Monseigneur, vous m'avez chargé de me transporter à Metz pour y examiner deux monumens dans le style sarazin, improprement dit gothique, qui existent dans l'église des Grands Carmes, et que S. M. l'Impératrice et Reine désire faire placer dans son parc à la Malmaison.

« Monseigneur, il résulte de cet examen que ce monument peut très bien se démonter et se transporter malgré les difficultés qu'il présente à cause de son extrême délicatesse; mais il m'est impossible de vous présenter, Monseigneur, un résultat exact de la dépense La chapelle principale, qui est

celle que désire Sa Majesté l'impératrice et reine, servoit de fond à l'église et de dossier au maitre-autcl. »

Toutes les caisses étaient arrivées à la Malmaison le 23 septembre 1807.

2. Cette allégation de Lenoir est absolument inexacte. Les deux obélisques, qui existent encore et sont restés devant le château de la Malmaison, n'ont été apportés de Richelieu qu'en 1S07, comme en fait foi la lettre du même Lenoir publiée ci -dessus. Cette prétendue surprise n'est qu'une invention romanesque imaginée après coup par Lenoir.

Page 1