‹ Alexandre LenoirChapitre 81 sur 143 · Annales archéologiques^ t. XH, p. 21 et · texte numérisé non relu

Annales archéologiques^ t. XH, p. 21 et

collection du Louvre une quantité considérable de sculptures précieuses, qu*il a ainsi arrachées à une destruction certaine. On ne se figure pas ce qu'il a fallu de négociations et de diplomatie pour tirer de l'École des Beaux-Ârts des figures et des bas-relie& de la Renaissance, encastrés dans des murailles oti une affreuse lèpre de moisissure les envahissait de jour en jour davantage. Maintenant, du moins, un abri leur est assuré.. • Ce sera, nous le croyons, un grand honneur pour M. de Laborde d'avoir donné droit de cité dans le Louvre à ce noble et sérieux art du moyen fige. » Le 2i mars 1 88 i, le marquis Léon de Laborde, qui^ pendant son trop court passage au Musée du Louvre, essayait d'y fonder un musée de sculpture moderne digne de la France, écrivait au Directeur des musées nationaux la lettre suivante :

Monsieur le Directeur général,

La détermination de M. le Minisire des travaux publics de suivre aveuglément les avis de ses employés rendra impossible une sage distribution des objets d*art, car il est évident que chacun de ces agents, par amour-propre et par une certaine passion de la propriété qui envahit le dépositaire lui-même, s'opposera aux concessions les plus raisonnables, et, quand il s*agira de déplacer un objet d*art , une statue du Puget ou un buste de Bernin, conservateurs-adjoints, régisseurs, architectes ne manqueront pas d'excellentes raisons pour prouver qu'il doit rester à la place qu'il occupe depuis longtemps. Quoi de plus naturel ! Connaissent-ils seulement vos projets? Savent-ils qu'il s'agit de créer pour la première fois un musée des chefs-d'œuvre de nos sculpteurs depuis l'origine de l'art en France jusqu'à nos jours, et, si même ib en étaient instruits, seraient-ils capables d'apprécier la grandeur de ce programme et de la mettre en balance avec le plaisir de montrer aux passants un objet qui^ bien qu'il perde la moitié de sa valeur à être vu isolément, en gagne énormément à leurs yeux du moment qu'il ressort de leur autorité ?

Il appartient à un juge plus éclairé, plus désintéressé surtout, de trancher ces questions et, une fois que le principe de la for-

mation du musée de sculpture du moyen âge et de la Renaissance est accepté, de procéder au choix des monuments dont il se composera avec le discernement qui prescrit beaucoup de réserve dans le déplacement des objets d'art, mais avec la fermeté qui fait taire les petits intérêts de localité devant le grand intérêt du public studieux...

Léon de Laborde.

Depuis 1851, les idées sur la statuaire du moyen âge et de la Renaissance se sont beaucoup modifiées en France ; les mauvais vouloirs, qui s'opposaient à la création du musée des sculptures modernes au Louvre, sont tombés * ; et cependant ce musée n'est pas encore constitué ; les monuments destinés à le former continuent à errer de tous côtés, exposés souvent à mille causes de destruction, dédaignés quelquefois, sinon méconnus. Je crois que le meilleur moyen d'arriver à la solution rôvée par le marquis de Laborde consiste à éclairer l'opinion publique. Je continuerai donc à dresser la liste des monuments qui manquent à l'appel. Je publierai le catalogue des absents du Louvre, et je suis bien sûr que les brebis égarées finiront par rentrer au bercail, celles du moins qui n'auront pas péri pendant les trop longues heures d'isolement. L'opinion sait créer des courants à qui rien ne résiste ; et, quand une idée féconde est laborieusement arrivée à maturité, on n'a plus qu'à en abandonner l'exploitation à des agents qui réussissent toujours: certains instincts de la nature humaine. Les spéculateurs ne manquent jamais autour d'une œuvre terminée et consacrée. Un jour viendra donc où

1. «Plusieurs années après la clôture des Petits- A ugustins, vers 1824 », dit M. de Guilhermy dans les Annales archéologiques, t. XU, p. 19, « Tadministration des musées fit transporter au Louvre quelques-uns des monuments sauvés par Lenoir. Mais^ à cette époque^ Fart du moyen âge n'avait point encore complètement repris sa place dans Testime publique. Les hommes de goût ne croyaient pas qu'il fût permis de remonter au delà des premières années de la Renaissance. Pour entrer au Louvre, il ne fallait pas dater de plus loin que le commencement du seizième siècle. Tout ce qui portait une date antérieure demeura dans le plus déplorable abandon pendant une nouvelle période de près de vingt années. »

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