‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 13 sur 94 · V. Départ d'Alexis · texte numérisé non relu

V. Départ d'Alexis

C CEPENDANT, en mars 1891, le comité de l'œuvre y antiesclavagiste belge préparait une expédition au lac Tangànika. Parmi une foule de candidats, le choix tomba sur lui.

Dès lors, il ne vécut plus. Pendant les dix jours qui s'écoulèrent entre la nouvelle de son départ et le départ lui-même, son activité put s'en donner à l'aise.

Enfin le moment du départ, douloureux pour la famille, arriva. Pour Alexis, le sacrifice de sa vie était fait depuis longtemps. Tout ce qu'on avait pu objecter sur les fatigues et les privations qu'il endurerait, sur la mort qui l'attendait peut-être là-bas, l'avait laissé inébranlable dans sa résolution.

Alexis quitta Namur le mercredi, 29 avril 1891, au train du matin. Plusieurs parents, son frère et de nombreux amis l'accompagnèrent à la gare, ne voulant le quitter que le plus tard possible. Pour lui, n'ayant que son devoir devant les yeux, il s'occupait avec un admirable sang-froid de tous les détails qui accompagnent toujours les préparatifs d'un tel voyage: l'enregistrement des bagages, l'embarquement de son chien, etc. Cependant les efforts même qu'il faisait pour encourager les autres trahissaient son émotion.

Son père et sa mère l'accompagnèrent jusque Anvers.

A son arrivée à Bruxelles, Alexis se rendit d'abord au

2 2 ALEXIS VRIÏIIOFF.

comité de la Société anliesclavagiste, où il devait signer son engagement, et, de là, au siège de l'Etat Indépendant du Congo, afin de prêter serment de fidélité à la pairie belge et à sa patrie d'adoption. Vers midi, il rejoignit ses parents et les accompagna à rh.ôtel.

De Là, ils allèrent tous à la gare du Nord, où Alexis devait retrouver M. Jacques, son commandant, ainsi que ses deux compagnons : M. Renier, de Waremme, sous-lieutenant au 2™<^ de ligne, et M, Docquier, ancien adjudant d'artillerie. Avant le départ du train, nombre de notabilités bruxelloises, et notamment le Conseil directeur de la Société anliesclavagiste, avaient tenu à souhaiter bon succès aux hardis voyageurs.

On y remarquait M. le lieutenant-général Jacmart, président; M. le comte Hyppolite d'Ursel et M. l'abbé Detierre, secrétaires; M. le commandant Storms, fondateur de la station de M'pala, qu'Alexis devait occuper, et bien d'autres personnes.

Le départ pour Rotterdam, par Anvers, eut lieu à 2 h. 3o.

A Anvers, Alexis profita des quelques minutes d'arrêt qu'on lui laissait pour faire ses adieux à ses parents qu'il ne devait plus revoir, et à son frère, alors en garnison dans cette ville. L'intention de ses parents était d'accompagner les voyageurs jusque Rotterdam; m.ais l'embarquement ne devant avoir lieu dans ce port que le surlendemain, M. Jacques leur conseilla de s'arrêter à Anvers : ce qu'ils firent.

Le lendemain de l'arivée d'Alexis à Rotterdam, il envoyait déjà des nouvelles de son séjour dans cette ville.

C'est là que commence son journal.

Après avoir reçu de lui des lettres de 20 et 40 pages, presque chaque mois, la famille apprit le 21 juin 1892 la triste nouvelle de sa mort, arrivée dans un combat livré aux esclavagistes sur la Lukuga, le 5 avril, à la pointe du jour.

Maintenant, grâce aux lettres qui vont suivre, le lecteur pourra connaître complètement et analyser sur le vif cette nature insouciante et généreuse dans son élément : l'Afrique. Il pourra apprécier et regretter avec

Page 1