I. L'œuvre du cardinal Lavigerie
jANS le courant de l'année 1890, le grand Léon XIII, qui domine notre siècle non seulement par ses vertus et son caractère de Pontife suprême, mais encore par ses principes de politique chrétienne, adressait aux évêques du Brésil, au sujet de l'abolition de l'esclavage dans ce pays, une encyclique mémorable.
Il y montrait l'action séculaire de l'Église pour l'émancipation des peuples, conformément à la doctrine du Christ, qui considère tous les hommes sur le pied d'égalité devant Dieu et devant la conscience humaine.
De plus, Sa Sainteté chargeait le primat d'Afrique, l'illustre cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et de Carthage, de prêcher en Europe une nouvelle croisade, non plus pour la délivrance du Saint-Sépulcre, mais pour la libération de ces millions de nègres qui, en Afrique, sont traités par les conquérants arabes avec une férocité sans nom, traqués comme des bêtes fauves et emmenés en esclavage pour servir à la brutalité de maîtres sensuels et corrompus.
L'Afrique perd son sang par tous ses pores, avait dit le célèbre explorateur .Cameron, qui, ainsi que Livingstone, Stanley et les missionnaires catholiques, avait été témoin indigné, mais impuissant, des forfaits commis par les négriers.
Or, la voix éloquente et persuasive du grand orateur sacré se fit entendre d'abord à Paris, puis à Londres et
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à Bruxelles : partout elle provoqua un élan généreux de sympathie pour nos frères opprimés, et d'indignation contre les sectateurs de Mahomet, auteurs de tant de crimes de lèse-humanité !
Dans plusieurs pays d'Europe, il se forma aussitôt des Sociétés antiesclavagistes, ayant pour but de recueillir de l'argent et d'organiser des expéditions armées, qui seraient dirigées vers les lieux les plus dévastés par l'odieuse chasse à l'homme, surtout dans les contrées du centre et de l'est de l'Afrique, d'où un demi-million de victimes sont annuellement expédiées vers l'Asie musulmane.
Tandis que la France devait, avec ses missionnaires et ses soldats, exercer son action en Algérie, au Sénégal, au Dahomey et ailleurs, l'Angleterre et l'Allemagne devaient agir dans leurs colonies respectives.
La Belgique, qui tenait à ne pas rester en dehors du mouvement, prit comme champ d'opération les immenses territoires de l'Etat indépendant du Congo, situé au cœur de l'Afrique, et dont le roi Léopold II est le fondateur et le souverain.
Pendant que les forces de l'État libre maintenaient la police dans les régions occidentales et centrales du Congo, la Société antiesclavagiste de Belgique, sous la direction du comité de Bruxelles, dont le général Jacquemart et Mgr Jacobs, doyen de Sainte-Gudule, sont les présidents, cette société, disons-nous, organisait successivement plusieurs expéditions armées, qui furent dirigées vers le lac Tanganika.
L'objectif immédiat était de secourir l'héroïque capitaine français Joubert, qui depuis douze ans se fait le défenseur des Pères Blancs dans leurs missions des deux rives du grand lac Tanganika, ravagées par les chasseurs d'hommes.
En même temps que le lieutenant Hincq conduisait une expédition par la côte occidentale, et remontait le cours du Congo et du Lomami, le capitaine Jacques partait pour Zanzibar avec MM. Rénier, Docquier et ce jeune Alexis Vrithotf, que nos lecteurs vont connaître par son (( Journal de Voyage ».