‹ Alfred de Musset; documents inéditsChapitre 10 sur 32 · I.a flpur de la j#»nn«*s«^ pst-elif* refï<»uri · texte numérisé non relu

I.a flpur de la j#»nn«*s«^ pst-elif* refï<»uri

lit vicnl-il, 1 cluuiJi, r;uilci" ma rcvwic '.'

Par la chutf* ■''■< w.'ir-< m,... ii,,,. ...>.i,.i,>r.;.. A lai^sr s;-s . '

Du fardeau ui;i.. j .. ,„....,,

J'ai vécu, j'ai souffert, et je me suis guérie.

(!) II lui écrivait an mois de mai de cette ann«'e iRi3 : « Vous atreztort de croire que le silrnc<« v.c dit rien; il en dit ;s beaucoup, el

m^me trop, et rm'me pas as<.^z .. » '-fEavm / , p. a43.)

(a) Dans l'aUjum de Marie " ' ; contient 1 oritçinal de ce son-

net et des suivants, au lieu d.- t Musset a écrit Paal Foacher.

1^ variante est amusante, Pt do:i '.n; unson à ceux qtii prétendaient que Paul Foucber songeait à demander la mam de Marie.

Hclas ! qu'il est donc loin le printemps écoulé ! Que d'étés ont séché son vert çazon foulé ! Que de rudes hivers ont refroidi sa sève l

Mais de votre amitié le doux germe envolé A retrouvé sa place, et mon cœur consolé En recueille les fleurs au chemin que j'achève.

A quoi Musset répondit sur-le-champ :

Quand par un jour de pluie, un oiseau de passage Jette au hasard un cri dans un chemin perdu, Au bord des bois fleuris, dans son nid de feuillage Le rossignol pensif a parfois répondu.

Ainsi fut mon appel par le vôtre entendu,

Et vous me répondez dans notre cher langage ;

Ce charme triste et doux, tant aimé d'un autre âge.

Ce pur toucher du cœur, vous me l'avez rendu.

Etait-ce donc bien vous, si bonne et si jolie ?

Vous parlez de regrets et de mélancolie ?

— Et moi peut-être aussi, j'avais un cœur blessé.

Aimer n'importe quoi, c'est un peu de folie... Qui nous rapportera le bouquet d'Ophélie De la rive inconnue où les flots l'ont laissé ?

Nouvelle réponse de Marie Nodier :

Ce doux bouquet mouillé qui s'effeuille à nos yeux Et nue jamais la main n'a pu reprendre ou suivre, Ne le regrettons pas ! J'ai lu dans un vieux livre Que son nœud détaché voulait parler d'adieux.

Du foyer paternel, vous, l'esprit radieux, Dans l'ardente mêlée où le triomphe enivre. Vous vous souvenez donc qu'en esssayant de rirre Ensemble nous étions partis d'un vol joyeux ?

Nous avons traversé la merveilleuse plaine Où la fleur du jeune Age, amicale cl sereine, Dit : « La vie est charmante et l'avenir béni. »

Puis je vous vis monter quand je perdis haleine. A la cime des monts votre aile souveraine Allait chercher son aire, et je gardais mon nid.

l'ahsenal et le ck.naci.e 89

Musset, piqué au vif, rt^pliqua séance tenante :

^'ous les rei^rettiez presque en me les envoyant

Ces vers, beaux comme un rr-ve cl purs comme l'aurore.

« Ce malheureux ^aryou, dibicz-vous eu riant.

Va se croire obligé de me répondre encore. »

Bonjour, ami sotmot, * ' -i bienveillant.

Poésie, amiti '• ij;u' S* \ nore,

Gentil houtjuct de (leurs d;; l;iniics tout bril'.inl, Que dans un noMc cœur un soupir fait ce! '■.

Oui, nous avons ensemble, i peu près, commencé A sons^er ce ^rand sonçc où le monde c:>l bercé. J'ai perdu des proct-s bien chers, cl j'en appelle.

Mais en vou-^ tout rejcret a cessé.

Meure mon ii : , quand ma pauvre eerrelle

Ne saura plus acuiir le charme du passé I

Ainsi finit cette correspo: ' sentimentale. Quel-

ques jours après, Paul cl<- i, qui s'apprêtait à

partirpour l'Italie, faisait le voyage de Versailles pour dîner chez M"» Auhernon, femme du préfet de Seineel-Oise. N'ayant point trouvé la familleAubernon à la préfecture, il se rendit à Mcudon chez son ami Hetzel, l'éditeur, qui dînait en compagnie de M. Obeuf, maire de Bellevue. Après le repas, les trois amis décident d'aller à Pontchartrain. Obeuf attelle son cheval, les voyageurs se serrent sur le siè^^e qui contenait deux places à peine, et ainsi véhiculés, Paul de Musset, Obeuf et Hetzel arrivent dans une auberge de Pontchartrain. On soupe à peu près convenablement, puis on se couche. A Paul de Musset échoit la chambre d'un roulier; Hetzel couche dans un poulailler et Obeuf je ne sais où. Tous trois dorment mal, dévorés par les punaises, et le lendemain matin ils rentrent à Paris, où Paul de Musset trouve dans sa chambre son ami Bonnaire, de la Revue des Deux Mondes, qui exécutait des gambades fantastiques. Mis au

courant des incidents comiques de ce petit voyage, Alfred de Musset, plus jeune et plus en verve que jamais, s'amusa à les mettre envers (i). Nodier, à

(i) Les voici, tels qoe M. Lorin Fes a publies dans le bullelin de la Société archéologique de Rambouillet, année i88g :

LE VOTAGB A POXTCHAHTRAIM

Prèle ton cabriolet neuf, Obcuf I

Paul, un soir, par la çauche rive

Arrive

Croyant voir Madame Aubernon,

Mais non !

OJi faut-il, en quittant Versaille,

Qu'on aille ?

Retrouver Hftzcl à Mcudon ?

Va donc !

Hetzel, dînant sur la pelouse,

En blouse, Rég'alait un de ses amis

liiea mis.

La compagfnie offre une prise.

Surprise !

On sert au convive nouveau Du veau

Ça, dit Hetzel, cassant la croûte,

Kn roule !

Pour voir Montfort et Pontchar- [train,]

Bon train 1

Je crois, dit Paul, que l'on m'iorite

Bien vite; Ce n'est pas d'aller à Montfort

Mon fort.

Sur un cheval ou sur un âne

C'est crâne.

Mais, dit Hclzcl, nous n'irons pas

Au pas.

Je vais tirer de ma sacoche Un coche.

Paul accède, et, bravant la Parque,

S'embarque !

Il quitte pour faire sept lieues

Ces lieux.

-- Obcuf, je trouve que la hotte

Cahote;

Nous sommes comme des hareng^s

Ko rangs I

— Mais laisserons-nous dans l'at-

[tente]

Ma tante ?

Dit Obcuf; j'ai d'un souper froid

Effroi.

Hetzel, tranquille et sans rancune

Aucune,

Dit : j'ai ma foi, dans ce rechaud

Très chaud.

i3 Le coche près d'une charrette

S'arn'le I O spectacle ! on découvre au loin

Du foin 1

Mais déji sur la nappe blanche

L'cciannhc Fumait, écrasant de son poids

Des pois.

i5 Et, couvrant d'un vin délectable

La Uble,

Une jeune enfant, douce à voir

L'œil noir.

L AnSBSAL ET LE CENACLE

qui Hetzel en avait récité certains passages, voulut lire

iG Le front baissé sona ca cornette

Fort Dcltf, Faisait froufrou de son jupon Fripon.

— Mesiieurs, dit avec politesse

L'hdtcsse,

Tous «Ticx deux coussins étroits

Pour trois.

— Non pas, dit Hetsel : sar mon

[Imc,] Madame, J'ai trouvé re cabriolet .Mollet I

Mais Obcuf comme une torpille

Roupille

— Tu l'en vas di'jà le coucher.

Cocher ?

ao

Paul pourfend comme une flam-

[bergc]

L'aubcrcr ;

Hetzel va dans le |}uulailler

Bâiller.

Alors arrivent les ponaises

liien aises De pouvoir d'un jeune élranger Manger.

Mais Hetzel, trouvant CEstafette

Parfaite,

Lit jusqu'au bout ce matinal

Journul.

Dans son lit, Paul, dontle nez gonfle

Kl ronfle,

Donne au dinble tous ces tandis

Maudits.

»'♦ Un roulier, tenant sa chandelle

Très belle,

Le réveille avec ses sabots

Pus beaux.

Mais déjà dans la cheminée

Mince Voit ses enfants efTaroucbcs Couches,

Et sur la gouttière que dore

L'aurore Fait sa toilette un frduqast Frisquet.

Paul, se penchant à la croisée,

Huisce, Déccavre Hetzel sous un hangar

Hagard.

— Oh 1 dil-il, l'air tous enlumine

La mine;

Vous n'avez pas très bien dormi,

L'ami !

— J'ai, dit Hetzel, fait nn bon [somme] Ba somme; Biais je me suis levé matin, MâUol 3o Obeuf, devant son haridelle

Fidèle Sous renseigne d'un cabaret Paraît.

3i Adieu, vallons, coteaux, campa-

Montacnes !

Paul rentre sur ses cchalas Fort las.

Et, de retour dans sa chambrette

Proprette, II trouve, sur son canapé Campé

Bonaairc, qui. sombre, à peine ivre,

Se livre

A d'inconséquents et fréquents

Cancans.

g 2 ALFRED DK MUSSET

toute la pièce. Alfred la lui envoya et reçut un beau matin en échang-e les stances humoristiques qui figurent dans ses Poésies nouvelles, entre le troisième sonnet à Marie et la Réponse à Ch. Nodier,

Ce fut le dernier chant du joyeux conteur de l'Arsenal. 11 était déjà malade quand il jetait sur le papier ces rimes légères. Il mourut en i844, emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Et dans la foule qui le conduisit au cimetière plus d'un récitait tout bas les vers de Musset sur l'Arsenal :

Gais comme l'oiseau sur la branche,

Le dimanche, Nous rendions parfois matinal

L'Arsenal.

La tête coquette et fleurie

De Marie Brillait comme un bluet mêlé

Dans le blé.

Tachés déjà par l'écriloire.

Sur l'ivoire Ses doigts lés^crs allaient sautant

Et chantant.

Quelqu'un récitait ({uelque chose.

Vers ou prose, Puis nous courions recommencer

A danser.

Chacun de nous, futur grand homme,

Ou tout comme, Apprenait plus vile à l'aimer

Qu'à rimer.

Alors, dans la grande boutique

Romantique, Chacun avait, maître ou garçon.

Sa chanson ;

Nous allions, brisant les pupitres

Et les vitres, Et nous avions plume et grattoir

Au comptoir.

LAHSkltAI. BT LB càNACLK g3

Hugo portait dè\h dans l'âme

Notre-Dame.

El comment-ail à s'occuper

D'y grimper.

De Vigny chantait sur sa lyre

Ce beau sire fhii mourut sans inettrc à l'envers

Ses bas verts.

Antooy battait avec Dante

Une andante; Emile ébauchait vite et tôt

Un presto.

Sainte-Beuve faisait dans l'ombre

Douce et sombre, Pour un œil noir, un blanc bonnet,

Un sonnet.

Et moi de cet honneur insigne

Trop iudigne.

Enfant par hasard adopta

Et gâté.

Je brochais des ballades, l'une,

A la lune.

L'autre à deux yeux noirs et jaloux

Andaloux.

Cher temps, plein de mélancolie.

De lolic, Dont il faut rendre à l'amitié

La. moitié i

Pourquoi, sur ces flots où s'élance

L'Espérance, Ne voit^on que le souvenir

IleviMiir?

Si jamais ta Icle oui penche Devient nlanche.

Ce sera comme l'amandier.

Cher Nodier:

Ce qui le blanchit n'est pas l'âge.

Ni l'orage ;

C'est la fraîche rosée en pleurs Dans les fleurs.

Et moi qui viens de les transcrire de mémoire, je dirai en finissant : ce sont ces petits vers pimpants et spirituels qui rajeuniront éternellement la figure de Charles Nodier.

Page 1