‹ Alfred de VignyChapitre 81 sur 121 · DONNÉ A MADAME DORVAL · texte numérisé non relu

DONNÉ A MADAME DORVAL

Quel fut jadis Shakspeare ? — On ne répondra pas. Ce livre est à mes yeux l'ombre d'un de ses pas, Rien de plus. — Je le fis en cherchant sur sa trace Quel fantôme il suivait de ceux que l'homme embrasse, Gloire, — fortune, — amour, — pouvoir ou volupté !

Rien ne trahit son cœur, hormis une beauté

Qui toujours passe en pleurs parmi d'autres figures.

Comme un pâle rayon dans les forc'ls obscures,

Triste, simple et terrible, ainsi que vous passez,

Le dédain sur la bouche et vos grands yeux baissés.

La réputation n'a qu'une bonne chose, c'est qu'elle rmet d'avoir confiance en soi et de dire hautement pensée entière.

La deuxième consultation sur le suicide. Elle renfer- ;ra tous les genres de suicide et des exemples de toU-

leiirs causes analysées profondément. Là, j'émettrai toutes mes idées sur la vie. Elles sont isolantes par le désespoir même.

[1 est bon et salutaire de n'avoir aucune espérance. U espérance est la plus grande de nos folies. Cela bien compris, tout ce qui arrive d'heureux surînd.

Dans cette prison nommée la vie. d'où nous partons

uns après les autres pour aller à la mort, il ne faut npter sur aucune promenade, ni aucufie fleur. Dès s, le moindre bouquet, la plus petite feuille, réjouit /ue et le cœur, on en sait g-ré à la puissance qui a mis qu'elle se rencontrât sous vos pas. 1 est vrai que vous ne savez pas pourquoi vous êtes Sonnier et de quoi puni ; mais vous savez à n'en pas

douter quelle sera votre peine : souffrance en prison, mort après.

Ne pensez pas au juge, ni au procès que vous ignorerez toujours, mais seulement à remercier le g-eôlier in-i connu qui vous permet souvent des joies dignes du ciel,

Tel est l'aperçu de l'ordonnance qui terminera la deu-! xième consultation du Docteur Noir.

POUR LA DEUXIÈME C0NSUl,TATI0N

Tous les crimes et les vices viennent de faiblesse. Ils ne méritent donc que la pitié !

Je reviens à Tidée de la deuxième consultation.

Voici la vie humaine.

Je me figure une foule d'hommes, de femmes et d'ea fants, saisis dans un sommeil profond. Ils se réveillen emprisonnés, ils s'accoutument à leur prison et s'y fon de petits jardins. Peu à peu, ils s'aperçoivent qu'on le enlève les uns après les autres pour toujours. Ils nesaven ni pourquoi ilssont en prison, ni où on les conduit aprè et ils savent qu'ils ne le sauront jamais. j

Cependant, il y en a parmi eux qui ne cessent de s ' quereller pour savoir l'histoire de leur procès, et il y e| a qui en inventent les pièces ; d'autres, qui racontent c qu'ils deviennent après la prison, sans le savoir.

Ne sont-ils pas fous ?

Il est certain que le maître de la prison, le gouveii neur, nous eût fait savoir, s'il l'eût voulu, et notre prcj ces et notre arrêt.

Puisqu'il ne l'a pas voulu et ne le voudra jamai." contentons nous de le remercier des logements plus o moins bons qu'il nous donne, et, puisque nous ne poii vons nous soustraire à la misère commune, ne la reï| dons pas double par des querelles sans fin. Nous n

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