‹ Alfred de VignyChapitre 94 sur 121 · UN MOT · texte numérisé non relu

UN MOT

Les Irlandais passent pour très spirituels. Un d'eux s'est mis à genoux à Rome devant une statue de Jupiter et lui a dit :

« 0 Jupiter ! si tu reviens au pouvoir, souviens-toi, je te prie, que je t'ai été fidèle dans l'adversité. »

j SUR SOI-MÊME

' La partie d'échecs que j'ai jouée contre la destinée îtoute ma vie, je l'ai toujours gagnée jusqu'ici. Je lui ai arraché ma mère deux fois, elle devait mourir ; je l'ai reprise et conservée cinq ans, jusqu'à ce que les forces vitales fussent éteintes en elle entièrement. Avec un beau-père trois fois millionnaire, j'ai vécu honorablement sans lui rien demander jamais une fois pendant treize ans, et sans faire de dettes. Dans toutes les affaires de fortune, j'ai attendu mes di'oits sans daigner me plaindre, j'ai souffert en silence, j'ai travaillé sans dégrader ma pensée et je n'ai fait que des œuvres d'art. J'ai réussi à prouver que Ton peut être uniquement poète ou homme de lettres et marcher de pair avec ce qu'il y a de plus haut dans la société, sans avoir une fortune considérable ou même ordinaire.

Aujourd'hui, la fortune a les dés dans sa main, elle les remue au.x Indes et les secoue à Londres. Aucune prudence humaine ne peut faire plus que je n'ai fait; mon devoir est d'attendre dans l'immobilité. J'ai jeté à Londres les bases de l'affaire, la justice la dénouera.

45o ALFRED DE VIGNV

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