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Alfred de Vigny

Entre toutes les personnes qui, dans l'intérêt de cette étude, ont bien voulu me confier des documents inédits, M. Louis Ratisbonne, légataire des œuvres d'Alfred de Vigny, a droit à la meilleure part de ma reconnaissance : je lui dois d'avoir pu consulter les quatre-vingts cahiers manuscrits sur lesquels le poète a consigné, quarante années durant, le journal secret de sa vie intérieure et qu'une expresse volonté de fauteur condamne à une destruction prochaine : les courts fragments qui ont été publiés en 1867 sous le titre de Journal d'un poète attestent la haute valeur morale de ces pages infimes.

J'ai^ de même, une obligation particulière au vicomte de Spœlberch de Lovenjoul, le savant historien dvs jjeuvres de Balzac et de Théophile Gautier^ qui m'a ouvert avec générosité les trésors de sa collection d'autographes, véritables archives du romantisme : la communication quil m'a donnée des Mémoires inédits de Sainte-Beuve nia été d'un grand prix.

Chateaubriand s'étant un jour vanté d'appartenir à l'une des plus anciennes familles de la Bretagne et de la Monarchie française, ce fut, quelque temps, la mode parmi ses disciples en romantisme de se targuer des plus hautes origines nobiliaires. Ridicule chez la plupart d'entre eux, cette prétention était à peu près fondée chez Alfred de Vigny, dont, effectivement, les ancêtres possédaient fief, aux dernières années du xvf siècle. Mais si Victor Hugo, petit-fils d'un maître menuisier de Nancy, ne craignait |)as de se dire (f issu en ligne directe de Georges Hugo, capitaine des gardes du duc de Lorraine, anobli dès 1531 », pourquoi le descendant authentique des Vigny aurait- il eu scrupule à faire remonter de quelques

degrés sa généalogie ? « Mes pères, écrit-il dans son Journal intime, avaient longtemps avant Charles IX un rang élevé dans l'Etat », et il cite comme preuve l'extrait d'un brevet de 1570 qui, loin de reconnaître la noblesse de ses ascendants, semble la conférer pour la première fois à l'un d'eux *.

Quant au ran^ élevé qu'ils auraient tenu jusqu'alors , une pièce récemment produite * nous apprend que François de Vigny, premier anobli du nom, était simple receveur des rentes de la Ville de Paris en l'année 1575. Ailleurs encore, évoquant un souvenir de jeunesse, Alfred de Vigny a écrit : « Je ne comprenais pas que le château de Vigny (sur la route de Rouen) ne m'appartînt pas. Rien pourtant n'était plus simple et plus juste. Le cardinal G. d'Amboise l'avait acheté, en 1554, des Saint-Pol (mes parents), famille où cette terre avait passé par alliance. Le connétable Anne de Montmorency tint cette terre delà maison d'Amboise par acquisition. Le chancelier de l'Hôpital s'y retira et y mourut en 1568. Ce fut ce château dont il fit ouvrir toutes les portes aux assassins. Je m'y arrêtai une fois dans ma vie, étant officier de la garde royale. Le

1. Les armes des Vigny étaient : d'argent cantonné de quatre lions de gueules, à l'écusson en abîme, d'azur à la fasce d'or, accompagné en chef d une merlette d'or, en pointe d'une merlette de même entre deux coquilles d'argent.

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