‹ Alfred de VignyChapitre 2 sur 36 · LIGNE MATERNELLE · texte numérisé non relu

LIGNE MATERNELLE

1° M. Le marquis Henri-Louis Odart de Rilly, lieutenant-colonel de cavalerie — cousin.

2» j\I. Marie-Jean Gallais — ami.

3° M. Philippe-Joseph-Xavier de Verdière, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis — ami.

(Extrait des minutes de M= Détend, notaire à Paris.)

(a) Une des filles de Claude-Henri de Vigny, sœur de Léon-Pierre de Vigny (voir la note suivante), épousa M. de Saint-Pol. chevalier de la Briche.

(Cf. VAiinitaire de la noblesse de France, de 1891, publié sous la direction de Borel d'Haulerive.)

[b) Anne-Charlotte des Mazis, dame du Tronchet, épousa,le 25 octobre 1688, Guy-Victor de Vigny, seigneur d'Emerviile. capitaine au régiment d'Orléans, décédé en 1737, dont elle eut deux lïls : Jean-Baptiste, père de Jacques-Olivier de Vigny en faveur duquel la terre de Chateaufort de Beaumont. dite de Cour- (|uclaii]e,ful érigée en marquisat par lettres patentes de juillet 1722, et Claude- Henri, chevalier, seigneur d'Emerviile el du Tronchet, marié, le IC décembre 1727, à Louise-Charlotte de Marcadé. dont il eut douze enfants, notammont Léon^Pierre de Vigny, père du poète, né le 11 décembre 1737,

LA Vlli AMOUnEUSK

un jour, du bonheur que me causaient tes succès dans le temps où tu me dis ce joli mot : que tu élms la ffloire, et moi la glorieuse (i). »

Elle devait éprouver toute sa vie le même bonheur. C'est elle qui fut la première confidente de ses premiers essais poétiques, et je trouve quelque chose de la préciosité de son esprit dans leur style et jusque dans le choix de leurs sujets. Certes, elle ne pouvait apporter à la correction de ses ouvrages la même compétence que son mari, mais elle avait tout de même assez de g"0Ût et de connaissances littéraires pour être sur ce point de bon conseil. La preuve en est qu'après avoir publié son poème d'IIé/éna Vigny le supprima presque aussitôt de l'édition de ses premières œuvres pour plusieurs raisons dont celle-ci que sa mère le trouvait faible. Et il est certain que les qualités de ce poème ne rachetaient pas ses défauts. Mais l'influence de la mère sur le fils ne s'arrêta pas là. Comme il était habitué à faire toutes ses volontés, il lui obéit jusqu'à la fin, aux dépens même de son bonheur. On sait de reste que, s'il n'épousa pas, en 1824, la belle Delphine Gay qui l'aimait et dont il était sérieusement épris, ce fut pour ne pas contrarier sa mère.

(i) Conseils à son fils.

ALKKED DE VIGNY

11 avait toujours à l'esprit ces paroles de son père mourant : « Rends ta mère heureuse (i) !... »

Elle habitait, depuis qu'elle était veuve, au n'^ 128 de la rue Saint-Lazare. Elle j demeura jusqu'à la maladie terrible qui devait l'emporter. A ce moment, quoiqu'il fût marié et que la santé de sa chère Lydia lui causât déjà de sérieux soucis, Vigny l'installa chez lui et se constitua son gardemalade. Pendant les quatre années que dura sa folie douce, traversée de loin en loin de crises aiguës, on lui conseilla vingt fois de la niettre dans une maison de santé, il s'y refusa toujours par amour et par pitié. H aurait cru commettre un crime en se séparant d'elle avant l'heure de la mort. Il fit face à toutes les dépenses avec le produit de ses œuvres.

Pour l'amuser, c'est lui qui le raconte, il faisait tourner son esprit devant elle comme une toupie, et il lui présentait, sons forme de récils, des idées et des contrastes comiques qui la forçaient de rire. Mais parfois, à la lueur de rapides éclairs, elle se rendait compte de ce touchant manège et elle l'arrêtait en lui disant : c Tu fais semblant d'être gai et heureux et tu ne l'es pas ; c'est par bonté que tu te montres ainsi, je le sais bien, va ! »

(i) Voir plus loin, p. 218, la lettre de Viçny à M™" de Clcrcmbault.

Quand elle mourui, il ne pouvait se consoler le ne plus entendre sa voix (i). Il composa alors 'admirable et poignante prière que l'on a recueillie lans le Journal d'un Poêle, ei sept jours après lui ivoir rendu les derniers devoirs, il jetait encore ces ignés sur son cahier de notes :

« s? 7 décembre iSSy. — La douleur n'est pas me. Elle se compose d'un grand nombre d'idées [ui nous assiègent et qui nous sont apportées par e sentiment ou la mémoire.

« Il faut les séparer, marcher droit à chacune ['elles, la prendre corps à corps, la presser jusqu'à e qu'elle soit bien familière, l'étoulfer ainsi ou du loins l'engourdir et la rendre inoffensiue comme ui serpent familier.

(i) Voici la copie de son acte de décès :

Du ving-t décembre mil huit cent trente-sept à midi et quart. — cte de décès de dame Jeanne-Maric-Amélie de Baraudin, propriélire, âgée de quatre-vingts ans, veuve du sieur Léon, comte de igny, ladite défunte née au Ché, arrondissement de la Rochelle jharente-Inférieure) et décédée à Paris en son domicile, rue des curics-d'Artois, n» 3 (a), ce jourd'hui à trois heures du matin. — onstalé par nous Maire officier de l'Etat civil du i^'^ arrondisselent de Paris, sur la déclaration des sieurs Antoine-Louis, comlo 3 Pons, lieutenant-colonel retraité, âgé de soixante-trois ans, dcleurant, grande rue Verte, n" 26 ; Alexandre-Jacques-François rierre de Boismont, docteur en médecine, âgé de quarante ans, îmeurant cité Bergère n" 2 bis, lesquels ont signé avec nous après cture faite. Signé : de Pons, A. Brierre de Boismont et !\Iarcellot. » irch. dèp. de la Seine.)

(a) La maison d'Alfred de Vigny porta, eu ell'et, le 11° 3 jusqu'en 1840.

« Les souvenirs aujourd'hui m'attaquent et me serrent le cœur. Tout les fait naître. Le bruit de la pendule noire de ma mère me rappelle le temps où elle fut achetée. Mon père l'aimait beaucoup. Il la choisit lui-même chez Tarault et l'envoya rue du Marché-d'Agues.seau, où nous demeurions. Elle marqua les heures de mon éducation. Sur ses quantièmes, ma bonne mère, bien belle alors, m'apprit les mois de la République et ceux du calendrier actuel. Les premiers me furent faciles, j'aimais les beaux noms de fructidor, thermidor et messidor.. . »

Hélas! il ne devait pas les aimer toujours. Les plus beaux noms du langag-e humain ne sont souvent que des fleurs de cimetière. Ceux du calendrier républicain qui avaient charmé l'esprit de nos pères n'eurent pas même assez de vertu pour sauver la tête de Fabre d'Eglantine, leur inventeur... Et il vint un jour où le poète des Deatinées, en regardant tourner l'aiguille de la pendule noire de sa mère, ne vit plus que des larmes et du sang sous les noms chantants et dorés des mois tragiques de la Révolution française. N'est-ce pas un jour de thermidor que son oncle Louis de Baraudin, l'ancien lieutenant de vaisseau de la marine royale,] avait été fusillé à Ouiberon, et n'est-ce pas un jour

ie fructidor que son grand-père et toute sa famille maternelle av^aient été jetés en prison à Loches?

Mais la date la plus funeste et la plus doulou- •euse de sa vie, qui fut jalonnée de tant d'épreuves le toutes sortes, fut encore celle du jour où la tète )Ianchie de sa pauvre mère se fêla comme une cloche qu'on a trop violemment secouée, où sa raison ;i lumineuse et si calme sombra sans espoir de 'etour, « brisée par le coup de massue de l'apo- 3lexie ». Ce jour-là Vigny se crut abandonné du fiel et cria par trois fois : Pitié !

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