Alfred de Vigny
Victor GiRAUD. — Ferdinand Brunetière, notes et souvenirs avec des fragments inédits et un portrait, 3' édition, I vol. Prix 1 fr.
Cette très courte étude est le « discours sur Alfred de Vigny » que l'Académie française a bien voulu couronner l'an dernier dans le concours dit ô^ éloquence. J'y ai fait quelques retouches et ajouté quelques notes.
Est-il besoin de remarquer qu'elle ne prétend point être complète ? Même après l'élégante analyse de M. Maurice Paléologue (i) et le recueil de documents de M. Léon Séché (2), il resterait à écrire un livre sur Alfred de Vigny. On ne le trouvera point ici. Il faudrait étudier les origines de son art, qui a connu autant qu'un autre à ses débuts la t3^rannie du passé littéraire (3) , l'influence de la poésie anglaise sur sa pensée et son imagination (4), sa place ou plutôt son isolement dans
{\) Alfred de Vigny, Paris, 1891, Hachette (Les grands écrivains français), i vol. in-i8.
(2) Alfred de Vigny et son ietnps, Documents nouveaux et inédits, Paris, s. d. [1902] Juven, i vol. in-8.
(3) Dans un article qui paraîtra prochainement à la Revue d'histoire littéraire de la France, j'ai essayé de marquer la dette de Vigny à l'égard de Chénier.
(4) Sur quelques points, les plus importants, cette étude vient d'être faite : pour Thomas Moore (les rapports entre Eloa et les Amours des anges) ^ par M. Fernand Baldensperger, Thomas Moore and Alfred de Vigny, The modem language
l'histoire du romantisme français, la c< jeune postérité attentive à son œuvre (i) », et qui la continue. Il faudrait écrire aussi l'histoire de ses amitiés, qui ont apporté à cette âme si vraiment bonne, si naïvement affectueuse et confiante, avec quelques dures déceptions, les seules douceurs peut-être de sa vie. De presque tous ces chapitres, M. Ernest Dupuy nous a donné déjà mieux que des esquisses très distinguées (2). C'est à lui d'écrire ce livre.
Les pages qui suivent ne veulent être qu'un essai d'explication intérieure. Cette explication paraîtra peut-être artificielle ou purement verbale ; et, si « toutes les synthèses sont de magnifiques sottes {3) », celle-ci n'aura même pas l'excuse de la « magnificence ». Mais elle est moins une « explication » qu'une « exposition ». Il y a dans la vie et l'œuvre de Vigny comme un va-etvient douloureux de sentiments, d'idées et de goûts. J'ai voulu en suivre la trace. D'ailleurs,
Review, July, 1906 ; pour Byron, par M. Edmond Estève, Byron et le romantisme français, Paris, 1907, Hachette, I vol. gr. in-8, livre III, chap. xx, p. 360-406.
(i) L'Esprit pur, Poésies, p. 267.
(2) Cf. les études qu'il a publiées dans la Revue d'histoire littéraire de la France (1903 et 1904), dans la Revue de Paris (juin et juillet 1905) et qu'il a réunies dans son livre sur La Jetinesse des Romantiques : Victor Hugo, Alfred de Vigny, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1905, I vol. in-i8.
{Z) fou mal d'un poète, p. 89.
comme il l'a dit lui-même, « tout involontaire qu'est l'inspiration du poète, cependant elle l'en-
traîne souvent a son insu, et sans qu il puisse rendre compte, dans une succession d'idées qui forment un entier système, une ordonnance parfaite, sans laquelle il ne serait pas (i). » Cette « involontaire et parfaite ordonnance », j'ai tenté ici de la retrouver.
« C'est un grand malheur, pensait-il un jour, que déporter avec soi dans l'avenir son maladroit critique comme un ballon sa nacelle (2). » Le « maladroit critique » s'est effacé de son mieux. On n'entendra guère que le poète dans ce « Discours ». Ainsi cet hommage à son œuvre ne risquera pas d'être une de ces « préfaces », dont il a demandé à n'être point « souillé » (3).
Fribourg;, 16 juin 1907.
Maurice Massox.
(i) Le More de Venise, Lettre à Lord *** du i" novembre 829, Thcâtye^ II, p. ^-j.
{2) Journal d'un pacte, p. 74.
(3) Codicile de mon testament, Id.^ p. 280.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE (i)
La plus récente édition d'Alfred de Vigny, à laquelle je renvoie dans les notes de cette étude est la suivante : Œuvres complètes d* Alfred de Vigny, édition définitive, Paris, s. d. [1904- 1906], Librairie Ch. Delagrave, 8 vol. in-i8.
Poésies, i vol. •
Cinq-Mars, 2 vol.
Servitude et grandetir militaires, i vol.
Théâtre: I. Chatterton. — La maréchale d'Ancre^ i vol.