Ibid., 334, 88-9i
moins cent années, venait de subir toutes les épreuves de la Terreur, y compris la perte de biens considérables et d'espérances plus grandes encore, un long emprisonnement et de fréquentes menaces de mort, on ne sera pas trop surpris que Tunique survivant de ses quatre enfants, dont trois morts en^ bas âge, « le plus faible et le dernier' », fût luimême d'une santé délicate et d'une sensibilité maladive. Aussi a-t-on très justement dit du grand poète pessimiste — et il l'avait lui-même pensé - — qu'il était « né triste », doué qu'il fut par sa fâcheuse naissance d'une vitalité appauvrie,
« Ma naissance, dit Vigny, fut tout pour mon père et ma mère, qui furent consolés par ma vie de la mort de mes trois frères ^ » On choya donc « avec un amour sans pareil » ce fragile héritier d'un noble nom ; et, par excès de prudence, on l'emmena même dès l'âge de di^huit mois à Paris loin de « l'ombre du château de Loches ». « Quoique la Beauce fût la patrie de mes pères, dit le poète sitôt déraciné, et la véritable pour moi, Paris fut presque ma patrie, Paris avec ses boues, ses pluies et sa poussière, Paris avec sa tristesse bruyante et son éternel tourbillon d'événements... Paris, triste chaos, me donna de bonne heure la tristesse qu'il porte en lui-même et qui est celle d'une vieille ville, tête d'un vieux corps social ^. » Là, en un modeste appartement de 700 francs à l'Elysée-Bourbon (de nos jours, demeure présidentielle), puis dans un autre non plus fastueux