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Alfred Giard

Alfred Giaro (1846-1908). — A. Giard, né à Valenciennes le 8 août 1846, décédé à Paris le 8 août 1908, a été l’un des esprits les plus originaux de son époque. Merveilleusement doué, il acquit, dès l’âge de quinze ans, une connaissance très étendue de la systématique des Insectes et des Plantes, qu’il collectionnait depuis sa tendre enfance. Après avoir terminé ses études au lycée de Valenciennes, il entra en 1867 à l’Ecole normale supérieure de Paris, où il fut nommé préparateur en 1871. Son maître, H. de Lacaze-Duthiers, défenseur convaincu des anciennes théories, ne pouvait voir d’un bon œil les tendances subversives du jeune naturaliste qui devait bientôt prêcher avec tant de succès les doctrines transformistes. Giard était trop indépendant pour plier : aussi leurs relations réciproques marquèrent- elles bientôt une tension de plus en plus manifeste. Après avoir publié une thèse remarquable sur les Ascidies composées, Giard quitta l’Ecole normale pour la Faculté des Sciences de Lille, où il suppléa Dareste à la chaire d’Histoire naturelle. Le même enseignement lui fut confié dans deux autres établissements scientifiques, et en 1880 il fut promu professeur titulaire de Zoologie à la même Faculté. Entre temps, et malgré ces multiples occupations il avait fondé, en 1874, la Station Zoologique de Wimereux.

• De 1882 à 1885, Giard siégea à la Chambre comme député de Valenciennes, mais cette brève incursion dans la carrière politique ne diminua pas sensiblement son activité scientifique.

Il fut appelé à Paris, en 1887, dans le poste de maître de conférences à l'Ecole normale supérieure. Sa réputation était déjà bien établie : un an plus tard, le conseil municipal de Paris fondait à la Sorbonne une chaire d 'Evolution des êtres organisés qui lui fut aussitôt confiée et dont il obtint la possession définitive en 1892. C’est grâce à cette création nouvelle que Giard put entrer à la Sorbonne, dont les portes s’étaient jusqu’alors fermées pour lui sous l’influence toujours grandissante de Lacaze- Duthiers. Dans ce poste, qui convenait si parfaitement à ses aspirations scientifiques, Giard développa jusqu’à sa mort un enseignement toujours original, chaque année remanié et où les horizons nouveaux dévoilés par chaque conquête de la science étaient magistralement fouillés. Il fut élu à l’Institut en 1900 et de nombreuses sociétés scientifiques le choisirent comme président.

L’œuvre de Giard est considérable : elle s’est exercée dans les parties les plus variées de la Zoologie et de la Botanique et il n’est pas possible de donner ici un aperçu même lointain des centaines de notes et mémoires qu’il a fait paraître (1) : nous nous bornerons donc à rappeler le caractère et les résultats essentiels de ses travaux. Giard a mis en pleine lumière la part importante et jusque-là peu connue, due au grand naturaliste français Lamarck dans la constitution des doctrines transformistes ; il a contribué par ses recherches, à prouver que

(1) Voyez : Exposé des litres et travaux scientifiques d’Alfred Giard Paris, 1896. — Alfred Giard , 1846-1908 , par Maurice Caullery, ira Revue du mois, Paris, t. IV, 1908, p. 22. — Alfred Giard , 1846 1908, par Georges Bohn, in Revue des Idées, Paris, 15 sept. 1908.

Phototypie Bertliaud, Paris.

l'influence du milieu, invoquée par Lamarck comme facteur essentiel de l’évolution des espèces, peut seule expliquer certains phénomènes biologiques. Il a été aussi l’un des plus ardents propagateurs des idées de Darwin qui par son principe de la sélection naturelle a donné la clef d’une importante série d’autres phénomènes. Il fallait véritablement un tempérament d’apôtre à un jeune naturaliste réduit à ses propres forces comme l’était Giard, pour répandre en France des théories combattues par des personnes d’une haute situation scientifique et il lui fallait l’étoffe d’un zoologiste expérimenté pour ne pas se briser dans une pareille entreprise.

Giard attachait la plus grande importance à l’examen direct et continuel de la nature; son sens critique extraordinairement développé, appliqué à des milliers d’observation, lui suggéra des vues synthétiques d’une importance capitale : c’est ainsi qu’il put fournir l’interprétation des globules polaires émis avant la fécondation de l’œuf, et réunir sous le nom de castration parasitaire des phénomènes extrêmement curieux présentés par des animaux dont les caractères sexuels secondaires tendent à être inversés sous l’action d’un parasite. Citons aussi sa découverte de la pœcilogonie , qu’on observe chez certaines espèces dont le développement embryonnaire peut varier, suivant les circonstances ambiantes, la forme adulte de l’espèce considérée restant invariable.

Giard a fait connaître un groupe nouveau d’animaux inférieurs, les Orthonectides, et a publié une classification phylogénétique du règne animal qui a été très remarquée.

Dans le domaine spécial de la Malacologie, Giard a publié diverses notes intéressantes dont la liste est dressée ci-après. La plupart d’entre elles sont consacrées à la faune littorale de la Manche ; il a particulièrement étudié le 'mimétisme de Lamella?âa perspicua dont les colorations changent d’un individu à l’autre, suivant qu’on l’observe

sur une pierre ou sur telle ou telle espèce d’Aseidie composée. Il a décrit l’embryogénie du même animal, et prouvé qu’un de ses stades larvaires n’était autre que le genre Echinospira Krohn, classé auparavant parmi les Hétéropodes. Signalons aussi plusieurs observations sur la faune terrestre, la découverte d’un Hélix nemoralis senestre, divers articles sur la production des perles fines, et une étude importante sur la parenté des Mollusques et des Annélides.

Mais ce n’est pas seulement par ses publications que l’influence de Giard s’est fait sentir: il était avant tout un admirable directeur de laboratoire qui sut déterminer et conduire à maturité de nombreuses vocations. Très indépendant et hostile par nature au principe d’autorité, Giard était, par une rare exception, logique avec luimême: ses élèves n’avaient pas en lui un maître imposant, mais plutôt un savant et excellent camarade, travaillant avec eux coude à coude dans l’unique pièce du petit laboratoire de Wimereux, toujours prêt à les aider, les renseignant avec une patience inépuisable dont on abusait toujours. De cette collaboration continuelle sont nés un nombre considérable de travaux intéressants. Sou action s’étendait bien au-delà des murs de son laboratoire : de tous les points du monde on lui adresssait des lettres, toujours suivies d’une réponse documentée. Giard était une encyclopédie vivante : sa mémoire prodigieuse, qui avait gravé mot à mot dans son vaste cerveau les auteurs classiques appris dans sa jeunesse, lui permettait de retenir, dans ses moindres détails, avec les dates et souvent les paginations, tous les mémoires qu il avait lus, ainsi que toutes les conversations qu’il avait entendues. On comprend quelles intéressantes synthèses son intelligence d’élite pouvait élaborer dans un pareil monceau de sou¬

venirs.

L’homme privé, aussi modeste que savant, forçait la sympathie: son esprit, très vif, était prompt à la riposte lorsque les arguments de son contradicteur sortaient du terrain strictement scientifique; mais ses qualités de cœur étaient exceptionnelles, et j’ai pu apprécier personnellement, comme tous ses élèves, la générosité de son caractère et son extrême obligeance. Foncièrement bon, il souffrit d’autant plus cruellement lorsque les trois charmants enfants que lui avait donnés sa dévouée compagne, lui furent successivement ravis par un mal inexorable. Ce terrible malheur pesa douloureusement sur le reste de son existence.

Entièrement dévoué à la science, Giard dépensait sans compter son temps et ses ressources pour son laboratoire de Wimereux et pour la publication du Bulletin scientifique du département du Nord , dont il avait assumé la direction en 1878. Sous son active impulsion, le périodique prit une telle importance qu’il fut conduit, dix ans plus tard, à en changer le format. Le Bulletin scientifique de la France et de la Belgique compte maintenant parmi les recueils zoologiques les plus répandus.

La renommée de Giard était devenue universelle, de tous côtés les hommages affluaient : deux genres, Giardia, Giardiella , et une multitude d’espèces lui étaient dédiées, uu généreux donateur, AI. Maurice Lonquéty, lui avait fait construire le nouveau laboratoire maritime de Wimereux-Ambleteuse, afin de remplacer le modeste chalet devenu trop petit pour les travailleurs qui s’y pressaient. On pouvait espérer, et Giard eut quelque temps cette illusion, que l’Etat, reconnaissant de tous les sacrifices qu’il s’imposait depuis de longues années pour la science, s’intéresserait en retour à ses recherches, et que tout au moins le grenier croulant de la rue d’Ulm, pompeusement décoré du nom de laboratoire, ferait place à une construction décente. Les années passèrent et, une

fois de plus, l’Etat perdit une belle occasion d’encourager les travaux d’un de ceux qui faisaient le plus honneur à notre pays. Giard en ressentit quelque amertume. A la place du rêve évanoui, la réalité lui apporta deux tristes événements: ses plus fidèles collaborateurs, les zoologistes Jules Bonnier et Philippe François furent enlevés à peu d’intervalle. Giard ne surmonta pas le chagrin qu’il en éprouva : sa santé en fut ébranlée, une congestion remporta en moins de deux mois. Sa disparition excite chez ses élèves, et l’on peut dire chez tous les zoologistes, d’unanimes regrets. Par ses travaux éminents, par l’école zoologique qu’il a fondée, par l’influence capitale qu’il a eue sur l’orientation de la zoologie contemporaine, son nom demeurera impérissable dans les annnales de la science. Giard était un grand naturaliste dont la France peut s’enorgueillir.

H. Fischkh.

Liste des publications malacologiques d’Alfred Giard

1873. Note sur Hélix cantiana , in Bull. Scientifique, t. V,

1873. Note sur un Mollusque ( Dreissena ) importateur d un hy-

draire, in Bull. Scientifique, t. V, p. 213.

1874. Le laboratoire de Zoologie maritime à Wimereux, in Revue

Scientifique, 2e série, 4e année, p. 217.

1874. Note sur une variété senestre de YHelix memoralis, in

Bull. Scient., t. VI, p. 285.

1875. Sur l’embryogénie de Lamellaria perspicua , in C. R. Ac.

Sc. t. LXXX, p. 736, et Assoc. franc, pour l’av. des Sc.,

t. IV, p. 325.

1875. Sur le sens qu’il convient d’attribuer au mot Mollusques, in Ass. fr. pour l’av. des Sciences, t. IV, p. 813.

1875. Note sur un Chaetosoma et un eSagitta, suivie de quelques

réflexions sur la convergence des types par la vie pélagique, (en collaboration avec J. Barhois, in Bevue des Sc. nat. de Montpellier, t. III. p. 513.

1876. Sur deux Eolis et une Sagitta nouveaux pour la faune de

Belgique, in Procès-verbaux Soc. Malac. de Belgique t. V.

4877. Sur la signification morphologique des globules polaires in Ass. franç. pour l’av. des Sciences, Congrès du Havre, t. VI, p. 624.

1881. Deux ennemis de l’ostréiculture, in Bull. Scienlif., t. XIII, p. 70.

1885. Synopsis de la faune marine de la France septentrionale :

Cephalopoda, mBull. Scient., t. XVI, p.293.

1886. Sur un Mollusque nouveau, Corambe batava , des côtes de

Hollande, d’après Herbert, in Bull. Scient., t. XII, p. 136. 1886. Synopsis de la faune marine de la France septentrionale (suite) : Gastropoda, in Bull. Scient., t. XVII, p. 157. 1886. Les habitants d’une plage sablonneuse (suite), in Bull. Scient., t. XVII, p. 187.

1886. Article Amphineura, in La Grande Encyclopédie.

1887. Synopsis de la faune marine de la France septentrionale

(suite) : Gastropoda, in Bull. Scient , t. XVIII, p. 142. 1887. L’autotomie dans la série animale, in Revue scientifique, 3e série, t. XII, n° 20, p. 629.

1887. Article Architroque, in La Grande Encyclopédie.

1888. Le laboratoire de Wimereux en 1888, recherches fauni¬

ques, in Bull. Scient., t. XIX, p. 492.

1889. Sur les espèces de Sepiola des côtes de France, in Bull.

Scient., t. XX, p. 171.

1890. Sur la parenté des Annélides et des Mollusques, in C. R.

Ac. Sc., t. CX, p. 90.

1890. Le laboratoire de Wimereux en 1889 (recherches fauniques), in Bull. Scient., t. XXII, p. 60.

1890. Articles Chaetoderma , Chitonellus , in La Grande Encyclopédie.

1843. A propos de l’animal de la Spirule, in C. R. Soc. biologie, t. XLV.

1894. Contribution à la faune du Pas-de-Calais et de la Manche, in C. R. Soc. biol., t. XLV1, p. 245.

1894. Sur une affection parasitaire de l’Huître connue sous le nom de maladie du pied, in C. R. Soc. biol., t. XLVI, p. 401.

1894. L’anhydrobiose ou ralentissement des phénomènes yitaux sous l’influence de la déshydratation progressive, in C. R. Soc. biol., t. XLVI, p. 497.

1896. Exposé des titres et travaux scientifiques (1869 1896) de Alfred Giard. — 1 vol. de 390 p. Paris, 1896.

1903. Sur la production volontaire des perles fines ou margarose artificielle, in C. R. Soc. biol., t. LV, p. 1223.

1903. L’origine parasitaire des perles d’après les recherches de M. G. Seurat, in C. R. Soc. biologie, t. LV, p. 1222. 1903. L’épithélium sécréteur des perles, in C R. Soc. biol., t. LV, p. 1618.

1903. Les précurseurs des idées modernes sur l’origine des perles, in La Feuille des jeunes naturalistes, IVe série, 34e année, n° 390.

1903. Curieuse station de Theodoxia fluvialilù L., in Feuille

des jeunes Naturalistes, vol. XXXIII, p 223.

1904. Sur la synonymie de la petite Pintadine de la Méditerra¬

née, in C. R. Soc. Biol., t. LVI, p. 255.

1904. Controverses transformistes. 1 vol. de 178 p. Paris, 1904.

1904. Sur la prétendue nocivité des Huîtres, in Rev. d’Hygiène,

août 1904.

1905. Sur la prétendue nocivité des Huîtres, in Bull. Scient.,

vol. XXXIX, p. 189.

1906. Acclimatation d ’ Hélix ( Bulimus ) acuta Muller dans le Pas-

de-Calais, in Feuille des Jeunes Naturalistes, IVe série. 1906. Sur la dispersion vers le nord d’ Hélix limbata Drap., in Feuille des Jeunes Naturalistes, IVe série.

1906. Hélix introduits dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, in Feuille des Jeunes naturalistes, IV série.

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