IV. — La note absurde. — Pour faire plaisir à un groupe
d'électeurs V administration Algérienne déclare plus
courts que le troisième les deux côtés d'un triangle.
Et encore je vous prie bien de croire qu’il n’y a dans cet énoncé rien de paradoxal, ni de mensonger.
En effet-
Je veux vendre des bœufs marocains de Tanger sur
les marchés marocains de Saïdiya, de Martimprey, d’Abercane ou d’Oudjda.
Je veux les débarquer à Port-Say pour qu’ils aillent en ligne droite sur l’un de ces marchés.
Non. me dit l’administration Algérienne, allez débarquer à Nemours, delà ils seront dirigés « par la voie la plus courte vers la frontière marocaine ».
Pour l’administration Algérienne les deux côtés du triangle : Port-Say, Nemours, Oudjda sont moins longs que le côté Port-Say, Oudjda.
Nous savons qu’il y a un groupe électoral plus nombreux à Nemours qu’à Port-Say, l’administration Algérienne n’aura jamais grand’peine à nous faire reconnaître cette vérité, mais que pour l’importation Marocaine, d’origine marocaine, en transit par l’Algérie, la voie de Nemours soit la plus courte, cela jamais elle ne pourra nous le faire admettre...
Et voici que nous lisons dans la Semaine Coloniale , 25 août 1906.
Port-Say.
Un décret du 10 octobre 1904 a institué le transit en fran chise pour les marchandises destinées au Maroc.
Forts de ce document les commerçants de ce centre en plein développement, grâce à l’inlassable dévouement de
son créateur M. Louis J. B. Say, ont dirigé sur la région marocaine qui avoisine Port-Say des semoules d’Italie et des bœufs.
Mais, brusquement, à leur profonde stupéfaction et à leur légitime indignation, la douane a consigné, neuf jours dans son entrepôt, 200 bœufs importés de Tanger à Port-Say pour y être livrés aux Marocains, et 600 quintaux de semoules d’Italie destinées à approvisionner les troupes marocaines du camp de Cheraca.
Il paraît que, par suite d’un oubli dans le décret du 10 octobre 1904, bœufs et semoules ne pouvaient transiter par Port-Say et ne pouvaient entrer au Maroc que par/ Marnia et Nemours.
Et, chinoiserie bien administrative, la douane a exigé le réembarquement des 200 bovins et des 600 quintaux de semoule pour Nemours d’où ils ont pu être dirigés par terre à la casbah de Saidia ! (Sans commentaire).
La confirmation du fait se trouve dans les pièces officielles', publiées par VEcho d'Oran le 30 septembre 1906 et le 20 décembre 1908.
L’administration ne veut pas que le bœuf marocain pour le Maroc débarque sur la frontière même à Port- Say, elle veut qu’il débarque à Nemours, pour « être dirigé par la voie la plus courte vers la frontière marocaine. ))