‹ Algérie nouvelleChapitre 39 sur 71 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Quelle doit être la nationalité économique du Maroc oriental?

Les Allemands et les Espagnols disent que cette nationalité doit être hispano-allemande. Les Français disent qu’elle doit être française. Et presque tous les Français croient qu’elle ne peut être que française par le fait du voisinage immédiat de l’Algérie.

On jette en effet un coup d’œil sur une carte et l’on y voit l’énorme encerclement de l’Algérie autour du Maroc, et l’on en conclut immédiatement que rien ne saurait prévaloir contre un tel privilège de fait.

C’est que presque tous les Français ont l’esprit aussi enfantin que celui de M. Chailley, lequel, vous vous en souvenez recommandait l’Extrême Sud oranais comme une base d’action contre le Maroc.

On étudie généralement les cartes en philoso-

phie nominale, tandis qu’on doit toujours les considérer en réaliste.

La nationalité économique d’un pays africain dépend non de ses voisinages de terre, mais du port qui le reliera à l’Europe. L’Algérie n’est qu’une colonie de transit. Elle ne produit pas ce qui est nécessaire à sa consommation, (meme en vivTes!) elle ne peut donc pas imposer sa nationalité économique à un voisin.

Si les sucres et les cotonnades étaient fabriqués à Tlemcen on pourrait dire que le seul fait de voisinage amènera l’acheteur marocain à Tlemcen. Mais sucres et coton viennent ailleurs; ont passé la mer.

Ce n’est point l’immensité de la frontière terrestre qui est à considérer dans la question « quelle sera la nationalité économique du Maroc oriental », mais uniquement la situation des ports.

Quel est le port géographiquement le mieux placé pour le mouvement économique des régions de production et de consommation du Maroc oriental ?

C'est celui-là qui déterminera lg, nationalité économique du Maroc oriental.

Si notre gouvernement pouvait agir en parfaite liberté au Maroc oriental comme par exemple il le fait en Algérie, Tunisie, il lui suffirait

de décréter telle ou telle obligation pour que l’avantage électoral ou politique... ou autre... primât celui de la géographie. Bien qu’il soit moins cher d’embarquer à Bône le minerai de l’Ouenza, le gouvernement peut imposer Bizerle. Et ainsi disparaît l’avantage géographique de Bone dans la mesure où le veut le gouvernement.

Bien qu’il soit moins cher de relier à la mer les grands centres de production et de consommation du Maroc oriental en choisissant Port- Say, le gouvernement pourrait imposer Nemours, ou Rachgoun, ou Oran via terrestre, s’il était le maître du Maroc oriental.

Mais il n’est point le maître. Et la question ne se pose pas entre Port-Say et les autres ports algériens.

La nature et les traités l’ont posée entre Port- Say et le Cap de l’Eau, entre Port-Say et Melilla.

Ce n’est pas une question de rivalités entre français et français, mais de rivalités entre français et étrangers. C’est une question nationale.

En n’outillant pas immédiatement Port-Say on permet à l’étranger d’outiller le Cap de l’Eau et Melilla.

En s’obstinant dans l’œuvre antinaturelle de Marnia-Nemourson ne sert pas l’intérêt légitime et très respectable d’un collège électoral, on commet une trahison nationale. Vouloir que le

Maroc oriental ne puisse choisir qu’entre Oudjcla- Nemours'et Oudjda-Cap de l’Eau, c’est assurer le triomphe de Mélilla.

Et vraiment je rougis pour mon pays quand je me vois obligé d’abaisser ma dialectique à la démonstration de vérités si évidentes!

Page 1