CHAPITRE III
Dans quelles conditions de politique et de fait le Maroc oriental offre à notre action économique une Algérie nouvelle.
Je spécifie condition de politique et de fait pour un complet énoncé. J’aurais pu écrire simplement conditions. Car aujourd’hui toutes se confondent. C’est le fait.
C’est, au compte du gouvernement marocain, l’ordre assuré par nos postes de police d’ElKlaa, de Martimprey, d’Abercane, de Ras Foural et d’Oudjda, sous l’autorité d’un commissariat de la République établi à Oudjda.
C’est, grâce à cet ordre et suivant les lois marocaines en accord des conventions et traités internationaux, un riche pays, pour les trois quarts en friche, ouvert à la colonisation.
Notre droit de police, notre droit d’assurer l’ordre dans le Maroc oriental nous est imposé
par les nécessités de la sécurité en Algérie. Autant que les nécessités algériennes, les accords franco-marocains de 1902 et les défaillances du Maghzen nous ont fait un devoir d’user de ce droit. Par ailleurs tous les actes internationaux, y compris le récent accord franco-allemand nous reconnaissent et ce droit et ce devoir.
Quant au privilège économique pour la colonisation, qui fait du Maroc oriental une Algérie nouvelle, c’est un privilège géographique. Il est d’accord avec les traités qui nous garantissent toute liberté d’action, mais la politique internationale aurait-elle voulu entraver l’effort de nos colons et de nos commerçants, qu’elle n’aurait jamais pu détruire ce fait, que les marchés naturels du Maroc oriental sont à Marnia, sont à Port-Say, que le port ouvert au débouché de la vallée de la Moulouya, était à Port-Say.
L’accord franco-allemand de février 1909, comme antérieurement l’acte d’Algésiras, nous met sans doute bien loin des rêves du parti colonial qui voulait faire de tout le Maroc un simple prolongement de l’Algérie.
Mais de même que M. Revoil avait su digérer merveilleusement la déconvenue d’Algésiras dont il était responsable en grande part, de même le Comité du Maroc a su philosophique-
ment voir un succès dans l’accord franco-allemand...