CHAPITRE XXVI
Gagnera-t-on de l'argent en colonisant le Maroc oriental pour que la nationalité économique de ce pays devienne française ?
Ainsi pour que la nationalité économique du Maroc oriental devienne française, il faut :
— que le gouvernement favorise le développement de Port-Say, ce port marocain sur territoire algérien, c’est-à-dire sur un territoire où nous n’avons à partager notre avantage économique avec personne;
— que les particuliers agissent sur territoire marocain en respectant la concurrence internationale imposée par les traités, mais en profitant du privilège national dû à la proximité de Port-Say.
Mais, pour que des français emploient leur argent, leur travail dans la colonisation du Maroc oriental, colonisation qui, en faisant de Port-
Say la métropole maritime de ce pays, servira l’intérêt national, il faut que ces Français, pertinemment sachent, non seulement que leur argent, que leur travail ne seront point perdus, mais aussi produiront les bénéfices que tout homme a le droit d’escompter quand il met dans une affaire quelconque argent ou travail.
Je veux répondre logiquement à cette question ; de nouveau je dois donc en préciser les termes, pour voir quels sont les éléments en présence et chercher si la nature de ces éléments dans l’action où les engage l’entreprise de colonisation permet de prévoir et d'affirmer le succès ou l’insucccs.
Dans un chapitre précédent nous avons indiqué ces éléments. C’est :
— l’autorité française en concours avec la marocaine. Et nous avons dégagé la condition que cette autorité française doit être exercée par des agents du ministère des affaires étrangères.
— l’argent français employé directement ou indirectement. Colon propriétaire, actionnaire, obligataire ou commanditaire de sociétés
— le travail français. Les colons de toutes professions
— l’autorité indigène
— - les indigènes, les propriétaires de 1a, terre,
les travailleurs. Tous les indigènes que nous ne pouvons mettre en action comme sujets mais seulement comme asssociés, car ils sont indépendants — et enfin la terre, sol et sous-sol Pour que l’argent français employé par des français, sous l’putorité indigène, en association avec des indigènes, à l’exploitation de la terre du Maroc oriental procure un bénéfice, il faut que les français employés, les indigènes, gouvernants et associés à cette œuvre, soient « bons » et que la terre, objet de cette œuvre, soit« bonne ». Je guillemette pour que l’on ne se méprenne point. Le sens de ces qualificatifs est celui qu’ils ont en langage d’affaires.
Une bonne terre est celle qui est capable d’une production de nature à payer une grande consommation. Le Maroc oriental nous le dirons bon s’il est capable de produire beaucoup de matières premières pour payer beaucoup de matières ouvrées, transportées et vendues par des Français.
Les autorités marocaines, nous les dirons bonnes si elles respectent la liberté de la propriété et du travail.
Les associés marocains, nous les dirons bons s’ils tiennent les engagements pris, et s’ils sont capables des besognes que l’on sera forcé de leur demander.
C’est ce que nous allons étudier.
Quant aux colons, quant à l’élément français mis en action par le capital français nous n’avons pas à nous en inquiéter. Puisqu’il s’agit d’une colonisation pratique et libre, la sélection naturelle aura tôt fait d’éliminer les mauvais pour ne laisser à l’œuvre que les bons. Rivière à franchir en nageant, qui ne sait point nager aussitôt s’y noie. Pays à coloniser en « pratique », aussitôt s’y ruinera, puis disparaîtra qui n’a point l’esprit pratique. Où, pour vivre, il faudra calculer qui ne< saura que danser, lorsque la politique électorale ne remplira point le buffet, devra tôt s’en aller danser ailleurs, car il danserait là devant un bulfet vide ; et le danseur qui n’a rien dans l’estomac ne garde pas longtemps ses jambes.
Ne voyons donc plus que les indigènes et la terre des indigènes pour chercher s’il est possible, s’il est certain que l’on gagnera de l’argent en exploitant l’une avec l’aide des autres.