CHAPITRE XXIX
Sur la sécurité européenne et la propriété indigène.
Bien certainement les colons ne vivent pas toujours en parfaites conditions de sécurité. La criminalité indigène les frappe cruellement. Il n’est rien de plus triste que ces terribles attentats, que ces odieux assassinats dont la chronique de l’Algérie nous fait part en si douloureuse fréquence.
Mais a-t-on songé qu’une des causes de la criminalité indigène est qu’en dépossédant l’indigène de sa terre on l’a fait en même temps sortir des communautés naturelles de la famille et de la tribu, auprès desquelles la colonisation européenne trouvait beaucoup plus de garanties, de sécurité qu’auprès de l’individu ne tenant plus à rien, de l’individu errant, expôsé au chômage, à la faim... qui, dans tous les pays du monde rendent l'homme de toute race, voleur ou assassin.
L’insécurité algérienne doit servir de leçon pour la colonisation du Maroc oriental dans l’appropriation de la terre.
Il ne faut pas que les colons considèrent que leur seule qualité d’européens leur donne sur la terre même un droit de préférence., à quoi l’autorité soit obligée de satisfaire.
Cette notion du droit de préférence est celle que l’on avoue en Algérie quand on n’ose tout de même point confesser celle de la dépossession « pure et simple » si tant est qu’une chose impure jamais puisse être pure.
Tout récemment,, le 3 février 1909, on lisait dans la Dépêche de Constantine une lettre où les colons de Corneille disaient :
« Nous avons regretté que M. Cochery, dans son voyage à travers l’Algérie, n’ait pas visité notre localité, surtout après les importantes déclarations qu’il a faites à la Dépêche de Constantine , concernant les concessions attribuées aux métropolitains.
« 11 disait, s’il nous en souvient bien, que dans les régions nouvellement colonisées, le gouvernement devrait donner de grandes étendues de terre ». C’est tout à fait le cas pour Corneille !
« Je suis sûr que si le rapporteur du budget de l’Algérie avait«»u comment notre centre est alloti, il aurait déclaré sans nul doute, que toutes les concessions de la montagne devaienl servir de communal, en ce pays d’élevage par excellence, et que les lots de culture devaient forcément être pris dans les plaines du Cheddi et du Bélesma, très opulentes, qui sont aux Arabes, et que, bien entendu, les Arabes cultivent malt...
La colonisation pratique du Maroc oriental, à bénéfice français, évidemment exigera de grands domaines sur bonnes terres* mais les conditions de sécurité et de durée, qui sont essentielles pour la colonisation pratique, imposent que les indigènes demeurent propriétaires d’une quantité de terres suffisante pour que les familles puissent rester fixées par l'intérêt sur le sol natal, et que les individus ne soient jamais des « déracinés ». C’est le problème que les autorités marocaines éclairées par le représentant de la France ne devront jamais oublier, et dès le début. Il leur appartiendra de faire respecter dans la limite du nécessaire les réserves indivises de la propriété collective d'état, d’église, de tribu et de famille.