Voir p
des mercantis, cabaretiers, gargotiers et tenanciers de guinguettes, échelonnés dans les environs des établissements militaires, sur le parcours des convois se rendant au camp de Mustapha. L’armée occupait la majeure partie des emplacements, de chaque côté du chemin de 300 mètres qui conduisait de la porte au Fort Bab-Azoun, et ne laissait guère de place pour des constructions autres que des baraques ou des échopes !. Les propriétaires des terrains dominant la route, du côté Ouest, réclamaient des alignements. Satisfaction leur fut donnée : le plan dressé par l’architecte de la ville et approuvé par le Conseil d'administration fut adopté par le Ministre, le 11 mars 1840 ?, bien qu’il eût annoncé sa résolution de ne rien sanctionner sans avoir reçu le plan général d’alignement demandé par lui à plusieurs reprises. On allait ainsi à l’aventure, sans aucune vue de grande envergure, traçant des morceaux de quartiers, quitte à les juxtaposer et à les relier plus ou moins maladroitement, et faute d’avoir pris un parti large, embrassant de vastes espaces, on se restreignait à des mesures de détail, à des solutions mesquines,
1. Cette situation datait des premiers jours de l’occupation. Sur une « planchette du faubourg Bab-Azoun et de la partie au-dessus » dessinée par le Génie en déc. 1830 (Arch. G. A., art. I, n° 9. Plan d’Alger, capitaine Desessarts. 30 déc.) figure la mention sur cette route, entre la porte Bab-Azoun et la rue Waïsse actuelle, des établissements suivants : à D. magasins de viandes salées, Génie, Train du Génie. — à G. Train des équipages, boucherie militaire, parc du Génie.
2. Sur ce projet, le comte Guyot, Directeur de l'Intérieur s’exprimait ainsi: Le faubourg Bab-Azoun est le seul point sur lequel la ville puisse s'étendre avec avantage. il importe donc d’en régulariser et d’en activer la construction ». Arch. G. G. N? 6. Faubourgs Bab-Azoun et Bab-el-Oued. Rapport du 13 janv. 1840).
et l’on risquait de commettre des erreurs difficilement réparables. Ce fut le cas du « nouveau quartier Bab-Azoun », celui que l’on peut délimiter par les rues actuellement dénommées Dumont d’Urville, d’Isly, des généraux Morris et de Constantine. Car le plan adopté officiellement ne dépassait pas ou presque pas ces limites. Il prévoyait une rue principale partant du premier tournant de la rue Rovigo et se dirigeant parallèlement à la route de Mustapha, en direction du Sud. Elle fut établie à la limite des fortes pentes qui donnent accès au plateau de la Casbah, ainsi que le montre le plan topographique de 1832 (Plan Pelet). Cinq rues secondaires ? venaient aboutir à cette voie, tandis qu’une autre, se détachant de la rampe Rovigo, dans la même direction, partageait dans toute sa longueur le quartier ainsi constitué. Mais si l’artère maîtresse, la «rue de l’Aqueduc », future rue d’Isly ? avait 16 mètres de largeur, ce qui paraissait alors considérable ?, les autres étaient réduites à des proportions d’autant plus condamnables qu’on ne pouvait invoquer ici l’excuse des expropriations coûteuses et des démolitions excessives. La plus large de ces voies secondaires, la future rue de Tanger, avait 6 mè-
1. Rues du Marché, Blanchard, Balthazar, du Carrefour, du Coq.
2. Ce fut le comte Guyot qui proposa au Ministre ce nouveau nom en l’honneur de Bugeaud (Arch. G. G. N? 6. Lettre du 14 sept. 1844). Le Ministre approuva et demanda à son tour que l’on débaptisât les rues des Moulins, Balthazar, de la Montagne et des Rampes pour les appeler rues de Tanger, Joinville, Mogador et Bugeaud (Lettre au Gouverneur Général du 6 oct. 1844. Arrêté du Directeur de l'Intérieur du 15 sept. 1844). La place du Marché fut dénommé place d’Isly et plus tard place Bugeaud.
3. « Elle est tracée dans des proportions grandioses », disait un rapporteur au Conseil d'administration qui regrettait seulement l’absence d’arcades.
(Arch. G. G., N? 6. Rapport de M. le conseiller Ballyet du 11 juillet 1846).
tres ; 1l y en avait de 5 mètres, et même de 4 mètres !. On se heurtait, il est vrai, à une topographie des plus accidentées ; entre le niveau de la rue de l’Aqueduc et celui de la route de Mustapha, pour une distance en plan de 120 mètres, il n’y avait pas moins de 30 mètres d’écart. « On se fait difficilement aujourd’hui, disait en 1844 le Directeur des finances, une idée des travaux énormes de déblais et de terrassements que lPétat des lieux nécessita aux premiers constructeurs ? ». On dut recourir aux escaliers pour racheter les dénivellations, et une seule rue permit le passage des voitures $. On reconstituait ainsi sur un terrain vierge de constructions, une nouvelle Casbah. Néanmoins la demande de logements et les bénéfices des spéculateurs étaient tels que l’on n’hésitait pas à payer le terrain un franc de rente, c’est-à-dire 20 francs le mètre, là où naguère 1l n’y avait que des cimetières et des marabouts . De 1841 à 1843, les notaires firent enregistrer 86 ventes représentant 405.800 francs °.
Dès 1841, le Tableau de la situation notait cette activité : « une nouvelle ville s’élève avec une rapidité incroyable dans l’ancien faubourg Bab-Azoun »f, et le colonel Charon décla-