‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 275 sur 465 · En 1896, on en compte 10.562 ; en · texte numérisé non relu

En 1896, on en compte 10.562 ; en

Il n’est pas sans intérêt de constater que cet accroissement coïncide avec une période où la prospérité commerciale d’Alger a été particulièrement brillante, même après les événements de la grande guerre !. Antérieurement à ces dates, il faut renoncer à interpréter les statistiques ; elles sont plutôt décevantes. Les chiffres se maintiennent entre 6.000 et 8.000, mais il y a des chutes, comme celle de 1881, que l’on ne s’explique pas ?. Assurément l’excédent des naissances sur les décès, dans cette partie de la population, a dû être pendant longtemps ou particulièrement faible ou même négatif. L’entassement dans les vieux quartiers, la forte mortalité infantile, les épidémies, le manque d'hygiène en rendent suffisamment compte. Mais à une époque plus récente une heureuse évolution a transformé les conditions d'habitat et de vie, et l’on est en droit de supposer que le rapport a été renversé ?. Mais ce fait ne suflit certai-

1. Il est impossible assurément d’appuyer cette dernière assertion par des chiffres. Mais, par exemple, ur fait que l’on a pu observer, pendant et depuis la guerre, c’est l’augmentation de la capacité de consommation des indigènes musulmans de l’intérieur, dont l’approvisionnement en tissus, en cuirs, en objets et ustensiles, en denrées coloniales est sous la dépendance du commerce de gros des Israëlites. Les allocations, les pensions, les salaires gagnés en France par les émigrants, les Kabyles surtout, ont fortement contribué à ce résultat curieux. Par ailleurs il est constant que la population européenne d’Alger a plutôt accru que restreint ses dépenses.

2. Nous donnons, mais pour mémoire seulement les chiffres officiels.

Alger À 1861... 6051 pes 1 )1881..5495 1896.. 10562 1866... 6308 PA Pae 1086: 076

3. L’état civil n’enregistre malheureusement pas pour les naissances d’autres mentions d’origine que celles d’Européen et d’Indigène, entendons par là Musulman. (Dr Lemaire, o. c., 1925, p. 88). Toutefois on peut remarquer que le 3€ arrondissement où les Israëlites et les Musulmans forment plus de la

nement pas à expliquer un accroissement aussi rapide et, pourrait-on dire également, aussi subit. Il faut qu'il y ait eu renforcement par des apports de l'extérieur : des indices certains confirment cette manière de voir. L’attraction qu’Alger a exercée sur les pays d'outre-mer s’est aussi manifestée dans l’hinterland algérien sur l’élément de population qui était le moins attaché au sol, et dont le mode d’activité avait le caractère le plus urbain. De 1911 à 1921, pour onze localités du département d'Alger, parmi lesquelles on peut citer St-Eugène, Blida, Médéa, Miliana, Affreville et Aumale, on note une diminution de 849 unités sur un chiffre total de 4.531

moitié de la population, et qui pour une grande partie est un des quartiers. les moins saluhres d’Alger est cependant celui de l’ancienne ville où le pourcentage de mortalité est le moindre. Or la population musulmane pauvre et la population d’origine étrangère, espagnole ou italienne, sont celles où l’on rencontre à Alger la plus forte proportion de décès, témoins les chiffres des 1er, 2e et 5° arrondissements où elles dominent. On est donc amené à supposer que l’élément israëlite intervient, dans le 3€, plutôt pour relever que pour abaisser le chiffre des excédents de natalité et pour abaisser celui de la morta-

lité. À titre d'indication, voiei les proportions pour 1.000 habitants de la. mortalité :

Mortalité pour 1.000 h.

Sarre 1€ arrt art He arre (6060 Israël., 4815 Mus., (Prédominance des (Prédominance des (Prédominance des: 1833 Eur. étr., Eur. d’ori- Indigènes Eur. d’ori- 8589 Fr. et naturalisés) gine étrangère) musulmans) gine étrangère)

ADO 9,10 18,78 28,60 18,15 19217 8,96 17,86 33,63 16,98 419225. 8,19 21,27 41,44 16,89 192926. 10,94 23,28 33,82 16,68

(Dr Lemaire, o. c., 1922, p. 77 ; 1925, p. 73) qui explique d’ailleurs cette supériorité du 3 arr, par la salubrité de la partie la plus basse et la plus aérée.

Or cette région est une de celles d'Alger où s’accroît le“plus le nombre des. Israëlites. (Voir p. 563). .

Israëlites 1 ; c’est plus du cinquième, c’est probablement une émigration du quart, si l’on admet qu'il y a eu d’autre part accroissement par excédent de natalité entre ces deux dates. En parcourant les feuilles des deux recensements de 1921 et de 1926, on constate qu’un nombre assez élevé d’Israëlites d’Alger ne sont pas originaires de la capitale. En outre il y apparaît que la communauté s’est grossie d’éléments d’origine tunisienne, marocaine, voire même égyptienne et syrienne, que l’on ne compte pas toujours comme étrangers dans les statistiques. La population israëlite d’Alger s’est donc partiellement accrue par l’immigration.

C’est évidemment par l'immigration qu'il faut expliquer la progression si considérable qu’a suivie le chiffre des Musulmans depuis 1881. Ce que nous savons de la mortalité des indigènes à Alger, pour les dernières années, exclut à priori l'hypothèse d’un accroissement par excédent de natalité. Certes celle-ci est considérable, ici comme dans l’intérieur du pays ; mais le déchet est énorme. Voici des chiffres : De

1912 à 1925 inclus, quatre années seulement (1912, 1920, 1921, 1923) ont été marquées par un gain de cette origine,

1. Tableau général des communes de l’ Algérie, 1911 et 1921. (Pop. Israëlite).

1911 1921 1911 1921 Ammaler eee. 258 Isr. 145 Médéa 1148 1005 BARRE NE 1141 952 Miliana 774 649 (GOÉA STAR AS. TA 13 Afireville 248 163 St-Eugène ..... 564 494

M. le grand rabbin Fridman nous a confirmé le fait, particulièrement pour la communauté de Médéa ; l'immigration serait favorisée par les mariages entre Médéens et Algéroises Israëlites.

alors que chez les Européens une seule, 1918, par suite de l'épidémie de « grippe espagnole » a été déficitaire. Au total, il y a perte de 2.336 individus !. Or les recensements accusent entre 1911 et 1926 un gain de 17.450 habitants musulmans. Il s’est done produit un afflux de 19.786 immigrants, pour le moins ?.

La défectuosité manifeste des documents statistiques antérieurs à l’époque contemporaine dispenserait d’en faire état et de s’y arrêter, si l’on n’y trouvait quelques indications qui sont comme les signes avant-coureurs du mouvement d'immigration dont nous venons de parler. Un arrêté du 31 janvier 1838 rétablit en effet les corporations des « Berranis » qui avaient été malencontreusement supprimées en 1830 3. Dès lors, les Tableaux de la situation enregistrent des statistiques annuelles (1838-1855), qui nous donnent quelque idée de la population plus ou moins flottante des travailleurs

4. Dr Lemaire, (0. c. 1922, p. 167, 1925, p. 67 et 1927, p. 79). Dans le 2e arrondissement (Casbah) qui est par excellence la ville des Musulmans, le taux moyen de la natalité est, dans la période envisagée, de 33,6 pour 1.000, celui de Ja mortalité s’élève à 36,3. Sur ce sujet et sur la démographie des Indigènes d'Alger, dans ses rapports avec les considérations d’habitat et d'hygiène, on lira avec intérêt une excellente étude du même auteur. « Etude sur la mortalité infantile à Alger et essai démographique de la période décennale de 1912 à 1921 ». (o. c., 1925, p. 87-128).

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