Idem, nov
Les variations numériques de la population espagnole sont explicables par les circonstances qui ont accéléré ou ralenti l'immigration étrangère ; nous n’y reviendrons pas. Il suffit d’en vérifier les effets. Si, en 1872, on ne constate pas, par rapport au chiffre de 18561, une notable augmentation, en revanche on se trouve en présence d’un élément vraiment fixé. Il faut d’ailleurs ajouter qu’à Mustapha les Espagnols forment déjà la majorité de la population étrangère (1356 sur 2.367). En 1876, les Espagnols sont largement en majorité dans le faubourg de Bab-el-Oued 2. Les détails font défaut jusqu’au recensement de 1901 %. A cette date, les effets de la loi de 1889 ont déjà amené un prélèvement important, et néanmoins on en dénombre 12.472 à Alger et 3.997 à Mustapha. A lui seul le 5€ arrondissement (Bab-el-Oued) en abrite 5.893 ; dans le quartier de la Préfecture et de la rue Bab-el- Oued, ils sont 2.944. Malgré l’absorption régulière par la naturalisation automatique, la population espagnole ne cesse de progresser numériquement de 1906 à 1921. Il faut dire que
4. Ils sont 10.433 au lieu de 9.102. En 1864, il existe un théâtre espagnol à Alger. Ch. Desprez. Miscellanées algériens. 1864, p. 65). 2. Bull. munic. 1881, p. 491. Sur 4.167 habitants il y a 2.770 Espangnals, 1.079 Français.
3. Population espagnole d’Alger-Mustapha de 1901 à 1926. 1901.... 17469h. 1911... 4409%h. 1996.... 16397h. On est fort embarrassé pour expliquer le fléchissement si marqué de 1901 à 1906 ; il apparaît d’ailleurs général pour la population étrangère. Notons cependant que les années 1901-1906 ont été marquées par un marasme complet dans le commerce des vins et par des crises de surproduction. (Trabut
et Marès. L’Algérie agricole en 1906. Alger, 1906, p. 135). Est-ce là l'explication ?
la natalité y est très-forte et qu’elle compense largement une mortalité d’ailleurs considérable. Le recensement de 1926 accuse par contre une diminution sensible ; le fait a été général pour les éléments étrangers. Pour celui-ci, elle est de 3.401 unités ; s’il y a eu exode, ce qui est plus que probable, il a porté sur un chiffre encore plus élevé, la population fixée ayant augmenté du fait des naissances. Il n’existe malheureusement aucun document officiel publié sur l'immigration qui puisse nous renseigner exactement sur les mouvements qu’elle a suivis dans les dernières années ; mais une enquête, même rapide, confirme des faits bien connus des Algérois. Les Espagnols qui faisaient partie de la population flottante se sont détournés vers le Midi de la France, où les salaires sont plus élevés. Les femmes mêmes, qui fournissaient depuis longtemps des domestiques et des nourrices appréciées, ont cessé de venir à Alger, où leur place, du moins comme ménagères, a été prise par des Kabyles, dénommées vulgairement et improprement « Mauresques » 1.
Les statistiques municipales nous renseignent sur la répar-
1. Sur l’origine des immigrants, voir V. Demontès. Le peuple algérien. Alger, 1906, p. 91. Ce sont toujours les provinces d’Alicante et de Valence, la première surtout, puis les Baléares et la Catalogne qui en ont recruté la majorité. Denia (prov. d’Ahcante) avait la réputation jusqu’à ces derniers temps de fournir des nourrices aux familles d'Alger. Des services maritimes réguliers unissent Alger aux Baléares, à Alicante et à Barcelone (voir p. 384). Il y a quelques années encore, beaucoup d’immigrants venaient par les balancelles transportant aussi les gargoulettes. Ils débarquaient chargés d’un énorme sac ; le langage populaire les avait dénommés « les escargots ». Plus vulgairement on les désigne sous la dénomination de « pataouètes » ou mangeurs de patates. Sur la vie des Espagnols d'Alger, voir les romans de Louis Bertrand, Le Sang des races, surtout, et aussi celui de Lucienne Favre, Bab-
<l-Oued.
tition des Espagnols par arrondissements pour les recensements de 1901, 1906 et 1911 ; nous avons dû la calculer nous-même pour ceux de 1921 et de 1926. Nous en tirerons les conclusions qui nous paraissent les mieux fondées. Tout d’abord notons que Bab-el-Oued et la partie voisine de la vieille ville (1€T arrt) sont restés le gîte principal de cette population ; 52 % y sont établis en 1926 1. C’est à Bab-el-Oued qu’elle paraît présenter du moins depuis 1911, le plus de stabilité ; la régression y a été très-faible entre les deux derniers recensements ?. Dans le 17 arrondissement, le fait le plus remarquable est le renversement qui s’est produit depuis 1911 dans la proportion numérique des Espagnols et des Italiens ? ; c’est cependant